Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

Le modèle Saguenay

CHRONIQUE / Depuis la vague des fusions municipales qui a modifié le classement des dix villes les plus populeuses du Québec, le pouvoir est concentré à la mairie. Ce qui explique le choc subi par Jean Tremblay et son organisation quand le candidat Jean-Pierre Blackburn qu'ils avaient pressenti s'est retiré avec fracas, lundi dernier.
L'ancien ministre conservateur refusait de devenir la marionnette d'une machine bien huilée qui gouverne Saguenay depuis le 25 novembre 2001. Il jugeait inacceptable l'encadrement pratiqué par le cercle du pouvoir toujours en place formé du président fondateur du Parti des citoyens de Saguenay (PCS), le maire Jean Tremblay, du conseiller baieriverain Luc Boivin perçu comme son dauphin, et du président-directeur général de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey, l'architecte du modèle regroupant dans une ville fictive la diversité des agglomérations qui se disputent les avantages du pouvoir. L'ancien député libéral de Dubuc est devenu, dans le plan appliqué avec vigueur dès la naissance de Ville Saguenay, le mandarin de la structure, à l'exemple du Cardinal de Mazarin sous Louis XIV, le Roi-Soleil.
L'église Saint-Édouard
Jean-Pierre Blackburn n'acceptait surtout pas de faire vérifier par les stratèges du parti les engagements qu'il prendrait durant la présente campagne électorale. La principale promesse électorale qui a fait bondir Luc Boivin c'est le projet de transformation de l'église Saint-Édouard en bibliothèque. Il fait éclater les intérêts divergents des anciennes municipalités de Bagotville, Port-Alfred et Grande-Baie de cet arrondissement. Bagotville avec son magnifique quai d'escale des croisières internationales qui se prolonge sur la rue Victoria en véritable village touristique. Il a déjà nécessité un investissement global colossal. Les deux autres secteurs réclament maintenant leur part du gâteau comme la rénovation, dans le cadre d'une bibliothèque, d'un bâtiment patrimonial d'une valeur inestimable.
Maires autocrates
La sainte colère de Jean-Pierre Blackburn met également en lumière le statut des maires des grandes villes du Québec. Il est celui d'un autocrate, d'un maître absolu. Afin d'éviter que les luttes de clochers se transforment en querelles d'arrondissements après la fusion, le gouvernement de Lucien Bouchard avait rendu impossible le renversement de l'autorité, par une majorité de conseillers, comme ce fut le drame vécu par le maire Ulric Blackburn avant de s'incliner devant Jean Tremblay à l'élection de 1997. Il avait formé le Parti du Chicoutimi métropolitain (PCM) qui s'avéra minoritaire devant l'opposition fort bien menée par le groupe animé par l'avocat Claude Gaudreault.
Dans les grandes villes du Québec, une coalition semblable est impensable. Non seulement le maire détient-il le contrôle absolu, mais il n'a même pas besoin des voix de ses conseillers pour triompher. Il est élu directement par l'ensemble des votants, tandis qu'au fédéral comme au provincial, le premier ministre acquiert le pouvoir par une majorité de députés élus sous la bannière du parti qu'il dirige.
D'où la préférence au statut d'indépendant d'une majorité des aspirants actuels au trône de Jean Tremblay. À moins de s'engager à l'avance dans une procédure assez nébuleuse, même le candidat du PCS pourrait larguer l'équipe de la campagne électorale dans l'éventualité d'un désaccord majeur.
Arthur Gobeil, le conseiller Jacques Fortin et Jean-Pierre Blackburn sont les trois indépendants de la course. L'ERD, avec Josée Néron, et le PCS se retrouveront devant l'électorat dans la grande finale.