Le Joël du futur

CHRONIQUE / Je vais vous faire une petite confidence : je crois que je suis en train de traverser ma crise de la quarantaine.

Le truc, c’est qu’au moment où je vous écris ces lignes, je m’approche dangereusement du jour où il ne me restera exactement que deux ans avant de franchir ce cap.

Maintenant, je vous donne peut-être l’impression d’être une tragédie grecque sur deux pattes, mais soyez rassurés, je vis beaucoup mieux ça que lors de ma crise de la trentaine.

Alors hop, ça ressemble à quoi une crise de la quarantaine ?

Eh ! bien !, le premier symptôme que j’ai identifié est plutôt éloquent. Voilà donc que depuis déjà 6 mois, je suis constamment convaincu que j’aurai 40 ans lors de mon prochain anniversaire, alors que c’est 38 ans que j’aurai. J’imagine qu’il s’agit là d’une ruse de mon cerveau afin que l’atterrissage se fasse plus en douceur au moment venu.

Sinon, comme dans toute situation de « crise », j’en suis à analyser les avenues qui s’offrent à moi dans le futur et bien entendu, tout ça est accompagné de questionnements très clichés comme « Suis-je vraiment heureux professionnellement ? », « Est-ce que je m’accomplis à ma juste valeur ? » et bien sûr, ma question préférée qui m’accompagne depuis une bonne vingtaine d’années « Suis-je un raté et si oui, à quel point ? ».

D’ailleurs, il y a cet exercice que j’essaie de faire le plus régulièrement possible et qui consiste à m’imaginer ce que le jeune Joël idéaliste des années 90 se dirait du Joël qui doit maintenant faire de l’exercice parce que « tsé, faudrait pas que le cœur me lâche tout de suite ».

Tout d’abord, il serait certainement déçu d’apprendre que ses rêves de célébrité et de gloire ne se sont pas vraiment concrétisés. Non, jeune Joël, le Joël du futur n’a toujours pas son émission de ligne ouverte pendant la nuit à la radio et il n’est pas animateur d’une émission de télé débile où « des gens font des gags pas si drôles que ça, mais câline que ça me fait toujours rire pis je sais pas pourquoi ». Et puisque tu es déjà en train d’encaisser le choc jeune Joël, le Joël du futur n’est pas riche du tout.

Et puis hop, quand même que je lui expliquerais que dans le futur, il aura une amoureuse qu’il aimera à la folie et un garçon qui lui fera battre le cœur si fort que ça en fera mal des fois, le jeune Joël sera probablement déjà allé se faire voir ailleurs.

Je vous le dis, chaque fois, c’est un exercice amusant à faire et chaque fois, j’espère sincèrement que le prochain Joël du futur trouvera le Joël d’aujourd’hui un peu con. 

Alors juste question de rigoler, voici ce que j’espère que le Joël du futur pourra me dire. Tout d’abord, ça serait très cool qu’il soit toujours en vie. Même que je vais pousser ma chance, mais ça serait très apprécié qu’il soit en bonne santé.

Sinon, je souhaite grandement que le Joël du futur ne soit pas un gars amer et désillusionné. Raisonnable, pourquoi pas ? Mais pas un de ces types qui brisent les rêves de tout le monde parce que « c’est pas comme ça que ça fonctionne dans la vraie vie ».

J’aimerais aussi que ma blonde et mon gars soient fiers du Joël du futur et qu’ils ne soient pas obligés de chuchoter quand ils parlent de moi quand je suis dans les environs.

Et puis hop !, je serais vraiment ravi d’apprendre que le Joël du futur a plus de temps à lui et qu’il ait trouvé une ruse pour ne pas se sentir comme la pieuvre qui parle dans quatre téléphones différents en même temps.

Je vous dis tout ça et ça me fait penser à un type que j’ai vu par hasard en zappant à la télé l’autre fois. Le type qui s’occupait d’une espèce de bistrot racontait que jusqu’à 25 ans, les garçons ne pensaient qu’à ce qu’il y a entre les jambes des filles ou des garçons. Puis, qu’à partir de 75 ans, on risquait fortement de partir en vrille. Ainsi, nous n’avions que 50 ans pour réussir sa vie.

En partant de cette théorie, j’ai encore 37 ans devant moi pour faire quelque chose de cette existence. Ça ne presse pas encore, mais la pente va toujours en s’accélérant.

Une chance que je préfère marcher que de courir.