Le pavillon thématique «L'Homme et la musique» a été ériger par Ernest Dauphinais pour Expo67.

Le dernier des premiers bâtisseurs

Il fut un bâtisseur innovateur, un leader animé d'un esprit humanitaire et un père qui vibrait aux valeurs familiales. L'ingénieur Ernest Dauphinais s'est éteint à l'âge vénérable de 101 ans. Parents et amis se sont regroupés à la cathédrale dans la matinée de samedi dernier pour lui rendre un dernier hommage.
Après sa formation professionnelle à la Polytechnique, il fait ses premières armes dans la métropole avant d'accéder, en 1943, à la direction générale de la Compagnie de téléphone Saguenay-Québec. La région de Chicoutimi-Lac-Saint-Jean comme la désignent les historiens de l'époque demeure isolée comme à l'arrivée des 21. Le boulevard Talbot ne sera inauguré que le 30 septembre 1951 et le téléphone ne permet pas encore la transmission de la parole au-delà de la frontière des Laurentides.
OEuvres mémorables
Durant cinq ans, le jeune ingénieur Ernest Dauphinais assumera donc la responsabilité d'établir un système de télécommunication qui reliera le Pays des Bleuets au reste de la planète. Après ce mandat, il réalisera, seul d'abord, puis avec des associés de grands travaux de construction (églises, hôpitaux, institutions d'enseignement et autres) ici, mais ailleurs également.
Notons qu'en 2009, l'église Saint-Marc de Bagotville qui porte son nom, méritera de figurer parmi les monuments historiques. Ce qui provoqua une prestigieuse reconnaissance internationale. Le pavillon thématique « L'Homme et la musique », que le défunt avait érigé pour Expo 67, est maintenant intégré à Orford Musique, en Estrie, au bénéfice des jeunes musiciens et des mélomanes.
Triple couronne
Ernest Dauphinais fut également un athlète de haut niveau. Il dominait rapidement tous les sports qu'il pratiquait. Surtout le tennis dont il remporta la triple couronne du championnat régional en 1940. Son dernier exploit remonte à 2015. À quelques mois de son centenaire, il aide son équipe à s'installer sur le podium lors du tournoi annuel de pétanque du Lac Grenon, à Saint-David-de-Falardeau. Grand amant de la nature, il était un maître pêcheur-chasseur respectueux du développement durable. Quand il ne partageait pas des activités de plein air avec sa famille, il en profitait pour inviter des amis à philosopher avec lui sur les grands courants de pensée de l'humanité dans une atmosphère sereine qui prenait des allures de paradis aux beaux jours de l'été.
Tous ceux qui ont bien connu le disparu sont unanimes à proclamer sa faculté d'écoute. Il exprimait clairement sa vision des choses, ses opinions sur les traits dominants de l'actualité, mais toujours dans le respect d'autrui, après avoir mis toute sa puissance de concentration à bien comprendre les perceptions opposées.
Cette attitude en a fait un personnage très précieux pour sa communauté, surtout après sa retraite. Tous les clubs sociaux et autres mouvements philanthropiques sollicitaient ses connaissances et sa générosité : Société Saint-Jean-Baptiste, Chevaliers de Colomb, Chambre de commerce... Il a développé une deuxième carrière en siégeant au conseil municipal de Chicoutimi et durant une quarantaine d'années dans les succursales du Mouvement Desjardins.
« Mais nous... ce que nous retenons surtout, témoignaient ses enfants, samedi, à la cathédrale, c'est ta grande ouverture, ton accueil indéfectible, ton amour inconditionnel pour maman et nous. Chacun de nous cinq a ressenti avoir une relation privilégiée avec toi, a eu la conviction d'être unique à tes yeux... »
En leur offrant mes condoléances, je conserverai, moi aussi, le meilleur souvenir de ce dernier des premiers grands bâtisseurs.