Le danger des chiffres

Le Quotidien
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POINT DE VUE / Je viens tout juste de lire un autre article sur la COVID-19 et je suis tanné ! Pas de la COVID-19 en tant que telle ; de longs mois de discussions sont encore à venir. Mais je suis tanné de la mauvaise utilisation des chiffres.

L’auteur, Simon Girard, est professeur en génétique humaine à l’Université du Québec à Chicoutimi

À l’instant, je viens de lire la phrase suivante : « Lundi, le bilan des morts causés par le coronavirus a encore augmenté. » Un bilan étant un cumulatif de tous les nombres, ma question est la suivante : on s’attendait à autre chose ? J’ai une grosse primeur pour tout le monde : tant qu’on n’aura pas éradiqué le virus, le bilan va continuer à augmenter ! Oui, oui, à tous les jours. C’est plate, mais c’est ça.

Mais malgré tout ça, je suis également un peu découragé de voir que le nombre de cas et de décès au Québec ne diminue pas. On a l’impression que depuis plusieurs semaines, le bilan est pas mal « stallé » : autour de 100 décès par jour, autour de 600 à 1000 nouveaux cas. Est-ce qu’on a perdu le contrôle ? Ici encore, on est un peu bernés par l’illusion des nombres. Tel un Luc Langevin beaucoup moins charismatique, la COVID-19 réussit encore à nous en passer une. Comme on l’a vu plus haut, le bilan des cas augmente tous les jours. 

Et c’est ici qu’il faut introduire une nouvelle variable : le nombre de cas actifs, c’est-à-dire le nombre d’individus actuellement infectés par le SARS-COV2. Ce sont eux, les tannants, qui peuvent infecter les autres. Pour obtenir ce nombre ? Facile, on prend le nombre de cas au total et on soustrait le nombre d’individus « guéris ». Au Québec, le nombre de cas « actif » est encore plus important que le nombre de cas guéris. Qu’est-ce que ça veut dire ? Si la progression de l’épidémie n’est pas sous contrôle, le nombre de nouveaux cas devrait continuer à augmenter tous les jours. Or, ce n’est pas ce qu’on observe. Actuellement, le nombre quotidien de nouveaux cas est relativement stable. 

Ce qui veut dire qui si on le rapporte sur le nombre d’individus « actifs », techniquement, ça diminue ! Vous pouvez voir cette démonstration sur le petit graphique que j’ai fait pour l’occasion. Quand ça me dit, je peux également être un Luc Langevin (encore ici, beaucoup moins charismatique) ! Donc finalement, le travail est loin d’être fini, mais non, on n’a pas perdu le contrôle. Du moins pour ce qui s’agit de la COVID-19… Pour en savoir plus, je vous recommande de lire sur les fonctions exponentielles, qui sont des outils importants lorsqu’on veut modéliser la progression d’une pandémie.

La conclusion de l’histoire ? Il faut faire attention à ce déluge de chiffres et de statistiques que l’on voit partout. Les gros chiffres, ça impressionne facilement les esprits. Mais parfois, remis en contexte, ils perdent un peu de leurs facteurs « wow ». Ça vous rappelle autre chose ?