Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Les journaux australiens ont fortement réagit lorsque Facebook a déclaré cette semaine qu’elle «cesserait d’autoriser le contenu d’actualités sur ses services en Australie».
Les journaux australiens ont fortement réagit lorsque Facebook a déclaré cette semaine qu’elle «cesserait d’autoriser le contenu d’actualités sur ses services en Australie».

Le Canada doit unir ses forces avec l’Australie afin de lutter contre le chantage de Facebook

Jamie Irving
Vice-président de Brunswick News Inc. et président du groupe de travail de Médias d’info Canada
Article réservé aux abonnés
POINT DE VUE / Dans les derniers jours, Facebook s’est révélé sous son vrai jour, et les Canadiens doivent se tenir aux aguets.

Le gouvernement australien, avec le soutien de tous les partis siégeant à son parlement, légifère pour mettre fin aux abus de monopole de Facebook et de Google. De plus, il oblige ces géants du Web à octroyer une compensation appropriée aux agences de presse du pays dont ils profitent grassement en diffusant leur contenu sans aucun dédommagement.

Dans les faits, cette situation inquiétante est devenue la norme dans les démocraties du monde entier, où les deux monolithes du Web tirent avantage de leur contrôlea du marché pour se tailler la part du lion des revenus publicitaires en ligne (au Canada, Google et Facebook encaissent 80 % des revenus publicitaires du Web).

La couverture de nouvelles de source sûre représente des sommes astronomiques. Toutefois, les monopoles profitent de leur position dominante sur le Web pour réduire le flux de revenus afin de financer cette couverture. Cela se solde en une crise de l’information sans précédent dans de nombreux pays. À titre d’exemple, cette pratique a conduit à leur perte plus d’un quart des journaux américains.

L’Australie a été l’un des premiers pays à défendre ses médias et à lutter contre le monopole du Web. À l’heure actuelle, les autorités australiennes introduisent de nouvelles règles pour forcer Google et Facebook à partager les revenus publicitaires en ligne avec de nouveaux fournisseurs du pays, et elles les obligent à défrayer une indemnisation relative à la couverture médiatique.

Toutefois, il est important de préciser que ces géants ne sont pas devenus les deux sociétés les plus importantes et les plus puissantes de l’histoire de l’humanité en respectant les règles. Elles ripostent donc bec et ongles contre les instances australiennes. Tout d’abord, Google a menacé de retirer ses services du pays, à la suite de quoi les Australiens n’ont pas bronché. De surcroît, la société a annoncé cette semaine qu’elle négociait avec les fournisseurs de nouvelles australiens.

À présent, c’est Facebook qui tente de faire chanter les Australiens. L’entreprise a déclaré cette semaine qu’elle ne se conformerait pas aux nouvelles règles en acceptant de concurrencer équitablement. Au lieu de cela, la société a mentionné qu’elle «cesserait d’autoriser le contenu d’actualités sur ses services en Australie». Oui, vous avez bien lu; Facebook consent apparemment à diffuser des informations fallacieuses et à colporter des remèdes de charlatans contre la COVID-19, tout en refusant aux Australiens l’accès à des nouvelles de source sûre.



« L’Australie a été l’un des premiers pays à défendre ses médias et à lutter contre le monopole du Web. »
Jamie Irving, vice-président de Brunswick News Inc. et président du groupe de travail de Médias d’info Canada

La réaction du gouvernement australien a été prompte et irrévocable. «Ces actions ne feront que confirmer les préoccupations exprimées par un nombre croissant de pays à propos du comportement des grandes entreprises technologiques qui se croient supérieures aux gouvernements et qui considèrent que les règles ne devraient pas s’appliquer à elles, a déclaré le premier ministre australien, Scott Morrison. Nous ne nous laisserons pas intimidés par des géants de la technologie cherchant à faire pression sur notre Parlement. »

Les éditeurs des publications d’actualités quotidiennes, régionales, communautaires et ethnoculturelles, qui représentent plus de 90 % du lectorat des médias d’information au Canada, se sont réunis pour exhorter le Parlement canadien à adopter le modèle australien. Cette recommandation est au cœur du rapport que nous avons commandé : Niveler les règles du jeu en matière de numérique. 

Le ministre canadien du Patrimoine, Steven Guilbeault, a promis d’agir et il a condamné les tactiques d’intimidation de Facebook en Australie et ailleurs. Et tous les partis à la Chambre des communes appuient une action radicale, en l’occurrence les libéraux, les conservateurs, le Bloc québécois, le NPD et les Verts.

Le terrain canadien est donc propice à l’adoption de mesures résolues et efficaces pour freiner les abus de pouvoir de Google et de Facebook, et pour défendre les nouvelles locales.

Néanmoins, les événements récents survenus en Australie montrent que nous devons accélérer le processus. Tout d’abord, les géants du Web réitéreront vraisemblablement leur plan de match au Canada, en usant de menaces insidieuses et de tactiques sournoises. Il n’est pas dans l’intérêt du pays de tarder à agir.

Qui plus est, la meilleure façon de lutter contre ces assoiffés de pouvoir réside dans l’union des démocraties. En fait, Google et Facebook comptent sur une stratégie de division pour conquérir. Ils utilisent leur échelle et leur portée mondiales pour déjouer et intimider les gouvernements nationaux. Il est grand temps que nous utilisions nos propres relations et alliances mondiales pour riposter. Actuellement, une alliance avec l’Australie semble constituer un excellent point de départ.