L’avenir ne roule pas au gaz

Les auteures de cette lettre d’opinion sont Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques à l’Assemblée nationale et co-porte-parole de Québec solidaire, et Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue.

OPINION / Depuis plusieurs semaines, la Coalition avenir Québec fait miroiter des milliers d’emplois bien payés aux gens du Saguenay–Lac-Saint-Jean avec l’arrivée du mégaprojet de GNL Québec, un gazoduc de 782 kilomètres assorti d’une usine de gaz naturel liquéfié et d’un port méthanier.

C’est un refrain bien connu dans nos régions ressources. Quand une pétrolière ou une gazière débarque, les premiers emplois qu’elle crée sont des emplois de relations publiques et de lobbyistes. En nous vendant un mirage, elles veulent acheter l’acceptabilité sociale dont elles ont besoin pour obtenir le feu vert du gouvernement et les subventions publiques qui vont avec.

Qu’est-ce qui se cache derrière le mirage de GNL Québec ? Une lettre ouverte signée par plus de 160 scientifiques nous donne une idée plus claire des perspectives de carrière dans le gaz naturel. Le projet de GNL Québec n’a aucun mérite environnemental. Il menace la biodiversité des écosystèmes qu’il traverse et va effacer en une seule année l’ensemble de la réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec.

Et ailleurs ? Cette semaine, le gouvernement a été incapable de prouver que le gaz naturel de GNL remplacerait vraiment des énergies plus polluantes à l’étranger, comme le prétendent les promoteurs du projet. Au contraire, il retarde la transition mondiale vers les énergies propres.

Les pays importateurs de gaz naturel travaillent d’arrache-pied pour sortir de leur dépendance aux hydrocarbures. Aucun d’entre eux ne considère le gaz naturel comme une béquille, encore moins le gaz issu de la fracturation hydraulique en Alberta, plus polluant que le gaz naturel traditionnel. Bref, chaque emploi créé par le mégaprojet a une date de péremption, le jour où GNL Québec ne trouvera plus d’acheteurs.

Laissées à l’abandon, ses infrastructures serviront de plaque commémorative à l’échec d’un vieux modèle de développement, qui donne tout aux multinationales étrangères des ressources naturelles et qui ne laisse rien aux gens d’ici quand elles partent. En 2019, c’est de la folie. La transition énergétique va changer profondément l’économie du Québec. Son point de départ, il n’est pas à Montréal et à Québec, il est dans nos régions ressources !

La semaine prochaine, Québec solidaire va rencontrer les acteurs économiques de votre région pour qu’on trace ensemble le portrait de la transition énergétique au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Si le gouvernement enlevait ses oeillères, il réaliserait que vous tirez déjà profit de votre extraordinaire potentiel.

Les circuits courts en agriculture sont encore un mystère pour la majorité des Québécoises et des Québécois, mais vous retrouvez déjà vos produits locaux sur les tablettes de vos épiceries.

Le bois d’œuvre québécois est encore soumis aux soubresauts du marché américain, mais vos villes n’ont pas attendu une politique gouvernementale pour exiger qu’il soit utilisé dans les nouvelles constructions.

Pendant que nos industries roulent encore aux hydrocarbures, les usines du Saguenay–Lac-Saint-Jean sont de plus en plus nombreuses à chauffer avec de la biomasse forestière produite à quelques kilomètres par des gens d’ici.

Non seulement cette économie émergente contribue à protéger notre environnement, elle crée plus d’emplois à moindre coût que les mégaprojets polluants. Un seul emploi créé à la cimenterie McInnis, à Port-Daniel, coûte 1,5 million $ ; un emploi créé aux Serres Toundra, à Saint-Félicien, produit des concombres et réduit notre bilan carbone pour 10 fois moins d’argent.

Vos ancêtres ont traversé le bois et défriché la terre. On leur avait vendu un rêve; ils ont trouvé la misère noire, mais ils ont tenu bon. Méprisés par leur gouvernement, ils sont partis de rien pour construire une région fière de ne dépendre de personne. Vous êtes des bâtisseurs et vous méritez qu’on bâtisse l’avenir économique du Québec avec vous.