L’annulation des examens ministériels et provinciaux : une mise au point

Dans les derniers jours, le gouvernement de l’Ontario, par l’intermédiaire de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE), annonçait l’annulation des examens provinciaux. À l’instar de l’Ontario, le Québec a emboîté le pas en décidant que les examens ministériels de juin 2020 étaient tous annulés. Il s’agit de sages décisions compte tenu des circonstances. En effet, les écoles sont actuellement fermées et nul ne sait à quel moment elles ouvriront de nouveau. L’Alberta nous a sans doute donné un avant-goût d’une plausible décision en annonçant d’ores et déjà que les écoles seraient fermées jusqu’en septembre. À la suite de ces annonces, plusieurs personnes ont réagi dans les médias, dont nos collègues Nicole Monney et Stéphane Allaire de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), dans une lettre publiée le 24 mars 2020 dans Le Quotidien. Nous tenons à réagir à l’égard de deux arguments pour lesquels nous aimerions apporter quelques nuances.

Premièrement, nos collègues affirment qu’un examen « ne pourra jamais être représentatif de tous les apprentissages réalisés sur plusieurs mois dans une classe ». C’est vrai ! Mais avoir en main ces informations est très instructif pour les autres partenaires de l’éducation (direction, conseillers pédagogiques, etc.). Évidemment, nous pensons qu’il faille remettre en question ces examens. Par contre, il nous apparaît important de le faire pour de bonnes raisons. À titre d’exemple, on pourrait simplement mentionner que les examens, autant en Ontario qu’au Québec, n’ont presque pas changé alors que les programmes sont passés d’une approche par objectifs à une approche par compétences. Éliminer les examens, car ils ne sont pas représentatifs de tous les apprentissages des élèves, revient ni plus ni moins à « jeter le bébé avec l’eau du bain ». De plus, les traces de l’évolution des apprentissages d’un grand nombre d’élèves dans le temps sont rares et ces examens, bien qu’imparfaits, nous offrent une telle information. Rappelons aussi qu’au Québec, par exemple, les résultats aux examens ministériels sont aussi intégrés à la fameuse cote R. Bien que critiquable, ce coefficient a le mérite de tenter de mesurer l’évolution de l’élève dans le temps.

Deuxièmement, l’affirmation qui nous a probablement fait le plus réagir est celle voulant que les enseignants, à ce moment-ci de l’année scolaire, « savent déjà quels élèves ont acquis les apprentissages essentiels pour passer l’année et quels élèves auront plus de difficultés ». Qui plus est, ils ajoutent du même souffle « je m’avancerais même en disant qu’ils (les enseignants) savent déjà quels élèves auraient réussi les examens du ministère ». Ces affirmations prennent appui sur le jugement professionnel des enseignants. En effet, ces derniers sont les mieux placés pour se prononcer sur les apprentissages de leurs élèves. Sur ce point, nous sommes d’accord. Par contre, il faut mentionner que ce jugement doit s’appuyer sur une démarche rigoureuse et, surtout, se baser sur des observations valides et fiables. Le jugement des enseignants ne doit pas se restreindre à un simple argument d’autorité. Aussi Daniel Kahneman mentionnait-il qu’un jugement qui s’exerce en l’absence d’une démarche d’évaluation reconnue peut facilement être biaisé. C’est pourquoi nous souhaitions réagir aux propos de nos collègues. En effet, n’est-il pas dangereux que les enseignants sachent déjà au mois de mars quels élèves réussiront ou échoueront ? Il s’agit, selon nous, d’une affirmation qui se campe dans une perspective déterministe qui réduit l’apport réel, et fondamental, des enseignants.

Eric Dionne, Université d’Ottawa

Sébastien Béland, Université de Montréal