L’Agenda 2030, un vrai progrès

Du 16 au 19 juillet, je participais aux réunions dans le cadre du Forum politique de haut niveau des Nations unies sur le développement durable. Cette réunion annuelle vise à faire le point sur l’avancement de l’Agenda 2030. Ce dernier, adopté en 2015, comporte 17 objectifs, 169 cibles et 240 indicateurs. Vaste programme ! Il est universel et en tant que tel, s’adresse à tous les pays, chacun étant invité à faire périodiquement un rapport volontaire d’avancement. Cette année, le Canada présentait son premier rapport, mais j’ai écouté aussi plusieurs autres rapports, notamment ceux de l’Andorre, de la Hongrie, de la Pologne, de Singapour, de Malte, pour ne nommer que ceux-là. Chaque séance de présentation laissait la parole au représentant du gouvernement qui pouvait partager la scène avec des représentants de l’industrie, ou des groupes d’intérêt de son choix. Après la présentation, le président de séance donnait la parole à des intervenants représentant d’autres pays ou des groupes non gouvernementaux accrédités pour poser des questions. Beaucoup de blabla et de pétage de bretelles, diront certains. Personnellement, je voudrais partager une réflexion un peu plus macro.

La diplomatie internationale est quelque chose de lourd, long et fastidieux, mais indispensable. Malgré toutes les critiques qu’on puisse porter au système des Nations unies, c’est un lieu de dialogue dans lequel chacun a droit au respect s’il a la bonne idée d’être un pays membre. Dans le passé, les pays développés se sont posés en donneurs de leçons en ce qui concerne le développement durable. Des experts du Nord disaient aux gens du Sud quel chemin il fallait prendre pour ne pas détruire la nature comme ils l’avaient fait eux-mêmes depuis des siècles. Mais ce n’est plus le cas avec l’Agenda 2030. Tous les pays sont maintenant « en voie de développement durable » et ils doivent se soumettre à l’examen des autres pays, petits ou grands, plus ou moins avancés. Ainsi, on peut voir ceux qui sont sérieux et qui tentent d’améliorer leur performance dans les domaines comme la réduction de la pauvreté, la santé, l’éducation, l’égalité des genres, l’assainissement de l’eau, l’énergie propre, la protection de l’environnement, la lutte aux changements climatiques et j’en passe.

Bien sûr, le discours politique vient embellir les rapports. Chacun veut se faire bien voir. Mais quand on réussit un bon coup, il est certain qu’on veut s’en vanter, surtout s’il s’inscrit dans l’une des nombreuses cibles de l’Agenda 2030. Et attention aux questions ! Les ONG n’y vont pas avec le dos de la cuillère ; les pays rivaux non plus. J’ai entendu énoncer des critiques virulentes contre l’absence d’actions sur la pollution de l’air en Pologne ou sur le refus des migrants en Hongrie. Il y a donc du monde pour dire « les vraies affaires ». Quitte à obtenir des réponses fuyantes ou des déclarations lénifiantes, les critiques peuvent porter. D’autres questions sont vraiment plus intéressantes. Singapour travaille depuis des années pour recycler complètement ses eaux usées et les réintroduire dans les usages industriels et domestiques. C’est un modèle dans le domaine et il réussit depuis plusieurs années à recycler toutes ses eaux usées, ce qui montre la voie vers l’économie circulaire dans laquelle le pays compte innover. J’ai entendu le représentant de l’Égypte s’enquérir auprès de celui de Singapour pour savoir si ce dernier pourrait aider les pays qui sont en stress hydrique avec leur savoir-faire. Pourquoi réinventer la roue ?

Nous sommes tous « en voie de développement durable ». C’est une expression que j’employais avec mes étudiants dès le début des années 1990. Dans la morosité actuelle qui porte certains à baisser les bras, l’Agenda 2030 constitue un vrai progrès. Si les gens apprennent les uns des autres, s’ils développent un langage commun, s’ils se donnent des cibles claires et atteignables, les choses peuvent encore changer. Au-delà des palabres, on voit monter les actions.