La variable souverainiste

ÉDITORIAL / La circonscription de Lac-Saint-Jean portera un nouveau député à la Chambre des Communes lundi soir, conséquemment au départ prématuré du conservateur Denis Lebel. Comme lors de toutes élections partielles, les contribuables connaissent l’identité du gouvernement en place. Aussi, seront-ils séduits par le pouvoir ou demeureront-ils fidèles aux conservateurs ? Reviendront-ils vers le Bloc québécois ou adhéreront-ils aux politiques néo-démocrates, comme l’ont fait les électeurs de la circonscription voisine de Jonquière ? Les gens du Lac ont un privilège : celui d’explorer l’une ou l’autre de ces options sans grand danger, avec la certitude qu’ils retourneront aux urnes au plus tard en octobre 2019, date limite du mandat de Justin Trudeau.

Plusieurs éléments sont susceptibles d’influencer le dénouement de cette campagne. L’un d’eux est plus intangible que les autres, et ainsi plus difficile à quantifier à la veille du scrutin : l’allégeance souverainiste. Bien qu’aucun référendum ne soit envisageable en ce moment, la soif de souveraineté demeure étonnamment très vive au Saguenay-Lac-Saint-Jean, tel que le démontrait un sondage réalisé par Segma Recherche pour le compte du Quotidien et de KYK 95,7 Radio X, le mois dernier. L’exercice indiquait que, malgré la présence du premier ministre Philippe Couillard dans la région, les Saguenéens appuient toujours massivement le Parti québécois, soit à hauteur de 42 %. 

C’est d’ailleurs cette variable identitaire qui pourrait jouer le plus dans la balance, pour différentes raisons. L’une d’elles est sans contredit la force et la concentration des bénévoles péquistes, surtout à Alma. Principale ville en importance dans la circonscription avec sa population de 32 849 âmes, la capitale jeannoise est plus populeuse que Dolbeau-Mistassini (14 417), Roberval (8204) et Saint-Félicien (7096) réunies. 

Par contre, au rendez-vous fédéral d’octobre 2015, la néo-démocrate Gisèle Dallaire a réussi à s’imposer dans tous les bureaux de scrutins de l’agglomération, devant tous ses adversaires, dont l’ex-ministre Lebel. L’écho du phénomène Jack Layton accompagné d’un rejet massif de Stephen Harper a certainement contribué à cette performance inattendue. 

À cette époque, le Bloc québécois était cependant représenté par un candidat peu connu, Sabin Gaudreault. Quant au Parti libéral, une poignée timide de bénévoles épaulaient un candidat venu de nulle part, Sabin Simard. Même la vague provoquée d’un océan à l’autre par l’avènement de Justin Trudeau n’a pas été suffisante pour le propulser au-delà des 18,5 % des voix dans Lac-Saint-Jean. 

Avec le syndicaliste Marc Maltais comme candidat bloquiste, l’équation est aujourd’hui différente. Bien connu pour son rôle de premier plan lors du lock-out de l’usine Rio Tinto d’Alma en 2012, de même que pour ses fréquentes interventions dans l’actualité, Marc Maltais représente une menace légitime pour les libéraux et leur candidat, Richard Hébert, qui sait mieux que quiconque que le vote d’Alma sera déterminant. 

Richard Hébert jouit d’une excellente réputation dans le Haut-du-Lac et même ailleurs dans la région. Il s’est acquitté de son mandat de maire de Dolbeau-Mistassini avec brio, dans de multiples dossiers, notamment lorsque le gouvernement a mis en place le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux. Au Lac-Saint-Jean, il est celui qui a milité pour une plus grande représentation jeannoise au sein du nouvel organisme et il a obtenu la confirmation de travaux majeurs à l’hôpital de sa municipalité. En se lançant en politique fédérale, il a joué le tout pour le tout, misant sur l’attrait du pouvoir ainsi que sur la popularité du premier ministre Trudeau. 

L’issue de cette élection partielle en dira long sur les électeurs du Lac-Saint-Jean, dont plusieurs seront déchirés entre le coeur et la raison. Mais s’il est une chose que le passé a maintes fois démontrée, c’est que la question nationale ne peut jamais être négligée.