La trousse, ce sont les enseignants!

Ce texte a été rédigé par Stéphane Allaire, professeur au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi.

OPINION / La première trousse pédagogique du ministère est à peine livrée que les critiques abondent, autant de la part des parents que des enseignants. Alors qu’en temps normal on fait peu de cas des différences de traitement entre les élèves, on a choisi la voie de l’uniformisation pour gérer une situation exceptionnelle. Or, en plus de se concentrer sur l’établissement d’un canal direct entre les enseignants et leurs élèves, la flexibilité et le jugement professionnel devraient plutôt être privilégiés pour assurer la continuité pédagogique. Nous disposons de l’expertise collective pour relever le défi.

Qu’on détermine l’objectif – consolidation des acquis ou appropriation de nouveaux contenus – puis concentrons-nous à soutenir les enseignants pour qu’ils puissent entrer en relation avec leurs élèves. Et pas que pour des coucous. L’idée n’est pas de faire l’école de 8 à 4, mais de conserver un contact minimal, ne serait-ce que quelques heures par semaine. L’école privée le fait déjà. Des enseignants du public le font aussi. Plusieurs autres en sont capables et ont le matériel nécessaire, tout comme bien des élèves d’ailleurs. Mais le flou artistique qui semble entourer les consignes transmises entraîne un immobilisme, voire une apathie chez certains.

Faisons confiance aux enseignants, qui sont capables de mettre en place une continuité pédagogique de leur propre cru. Pour les moins familiers, le Québec dispose du RÉCIT, un vaste réseau de conseillers pédagogiques spécialisés dans l’utilisation du numérique. Plusieurs d’entre eux ont déjà enseigné et allient les dimensions pédagogique et technologique. Sollicitons-les pour organiser des formations en ligne auprès des enseignants moins habiles.

Des enseignants n’ont pas le matériel requis à la maison ? On a débloqué des milliards de dollars en quelques jours pour l’achat de matériel médical et pour subvenir aux besoins des travailleurs. Une société qui valorise l’éducation ne devrait-elle pas débourser quelques millions pour faire livrer à domicile un ordinateur portable à ses enseignants qui n’en ont pas ? D’ailleurs, on comprend mal qu’en 2020, tous les enseignants du Québec n’aient pas accès à un tel outil gratuitement dans le cadre de leur travail.

On dira que l’animation pédagogique en ligne est plus complexe qu’en face à face. C’est un fait. Pourquoi alors ne fait-on pas appel aux étudiants en enseignement dans les universités ? Ils pourraient prendre en charge une partie de cette animation. En plus d’appuyer les enseignants, cela enrichirait leur formation.

Dans l’éventualité où la fermeture des écoles se poursuivrait à l’automne, les universités pourraient profiter du printemps et de l’été pour préparer les étudiants à jouer un tel rôle.

Par ailleurs, le réseau scolaire dispose de toute une gamme de professionnels pour venir en renfort aux élèves défavorisés et en difficultés. La visioconférence pourrait être utilisée, à l’instar des médecins qui s’y sont mis récemment. Dans l’impossibilité, le téléphone pourrait être privilégié, comme Alloprof le fait. Certes, il y a des enjeux. Mais cela offrirait certainement un contact plus personnalisé que de simples ressources statiques.

On me traitera de chercheur déconnecté de la réalité. Malgré tout, je persiste et signe. Nous sommes capables d’offrir une continuité pédagogique qui préserve l’essence de la profession enseignante, c’est-à-dire sa dimension interactionnelle.

D’ici là, l’École en réseau (eer.qc.ca) lance cette semaine une programmation gratuite d’activités accompagnées pour les élèves du primaire et du secondaire. En plus d’être en contact avec un enseignant, d’avoir accès à des contenus et d’en discuter, les jeunes ont l’occasion de se faire de nouveaux amis. L’initiative, sans être une solution miracle, est issue d’une vaste recherche qui a duré plusieurs années. Le modèle s’est construit en alliant des connaissances scientifiques et des savoirs pratiques de quelques centaines d’enseignants. C’est à découvrir.