Marc Urbain Proulx est professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directeur scientifique du Centre de recherche sur le développement territorial.
Marc Urbain Proulx est professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directeur scientifique du Centre de recherche sur le développement territorial.

La saison des idées en région

Le Quotidien
Le Quotidien
OPINION / Dans l’espoir d’une relance économique régionale « post-COVID-19 » au Québec, les idées fortes sont sollicitées. Au-delà de la défense des intérêts individuels et corporatistes toujours très présents, un cadre global d’analyse s’avère pertinent pour les ordonnancer en fonction des intérêts supérieurs. Ce qui permettrait d’examiner le passé, saisir les tendances et mieux envisager l’avenir régional.

NDLR: L’auteur de ce texte Marc-Urbain Proulx, est professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directeur scientifique du Centre de recherche sur le développement territorial.

À la suite des périodes historiques caractérisées par le troc autochtone, la traite des fourrures et l’autosubsistance des pêcheurs et agriculteurs, l’économie des régions a vraiment démarré avec l’arrivée d’imposants capitaux extérieurs. Sauf certaines exceptions qui confirment la règle, les grands projets exogènes ont été les véritables moteurs du développement régional. Furent établis des mines, papetières, usines de poissons, barrages hydroélectriques, alumineries et autres extracteurs désireux de répondre à la forte demande de matières premières par l’industrialisation et l’urbanisation de l’Amérique.

Les importantes immobilisations attirées en des lieux bien dotés en ressources naturelles ont ainsi créé de formidables environnements d’opportunités pour l’entrepreneuriat. En résulta une explosion démographique des six régions périphériques qui leur a permis d’atteindre 17 % de la population du Québec en 1960. Signalons toutefois que les richesses naturelles extraites et expédiées à l’état brut, en utilisant de plus en plus de technologies qui éliminent les travailleurs, génèrent de moins en moins de retombées financières dans les circuits régionaux, et ce, malgré les coûts environnementaux. L’environnement économique régional en souffre. En outre, les réserves de ressources naturelles ont atteint leurs limites en matière d’attractivité de grands projets devenus beaucoup plus rares en région.

Pour parer à ces fléaux fut mise en oeuvre une nouvelle stratégie basée sur l’incubation de PME dès les années 1980. En misant sur divers services publics de soutien, l’idée forte était de reproduire la Beauce en régions périphériques. Or, cet élan entrepreneurial idéaliste fut battu en brèche par un grand mouvement d’intégration économique animé par les géants financiers, d’abord dans le sciage du bois, l’agroalimentaire et les commerces, ensuite dans l’alimentation, la restauration rapide et les services professionnels, pour finalement coiffer le tout avec l’arrivée des grandes surfaces telles que Costco et autres Walmart appelées communément les « killers ». Certes, la résilience entrepreneuriale fut au rendez-vous, notamment au sein de petites grappes de fabricants, de services spécialisés, d’équipementiers, de fines cuisines, de services touristiques, de commerces locaux, de niches du terroir, etc. Elle est néanmoins insuffisante pour restructurer les économies régionales érodées par les fuites financières accrues causées par la dépossession de la propriété locale et régionale.

En conséquence de ces faits, les économies régionales du Québec sont au mieux stagnantes. La population de la périphérie ne représente désormais que 10 % de celle du Québec. La lente et pernicieuse décroissance démographique menace les bassins de main-d’œuvre ainsi que la pérennité des équipements d’éducation, de la culture, de l’environnement, de la santé, des loisirs, de la voirie, etc. Certains observateurs demeurent confiants envers l’incubation de PME. Tandis que d’autres souhaitent de grands chantiers créateurs d’opportunités à saisir comme au lac Bloom, à Malartic, à La Romaine ou éventuellement à Grande-Anse.

Les régions nécessitent impérativement une réflexion collective concernant leur modèle de développement afin de se repositionner. Quelles sont les idées fortes à ce propos ?