Lionel Ripoll, professeur au Département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et chercheur au Laboratoire LASEVE
Lionel Ripoll, professeur au Département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et chercheur au Laboratoire LASEVE

La recherche appliquée du Laboratoire LASEVE

L’auteur de cette chronique, Lionel Ripoll, Ph. D., est professeur au Département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), pour le diplôme d’études supérieures spécialisées de cosmétologie, et chercheur au Laboratoire LASEVE.

Nous le savons tous, l’arrivée de la COVID-19 a bouleversé nos vies, tant au niveau professionnel que personnel. Très rapidement, nous avons dû nous adapter et prendre de nouvelles habitudes de vie.

Impossible aujourd’hui d’entrer dans un magasin, un bureau ou un espace public tel que nous le faisions il y a seulement quelques mois, soit sans prendre des mesures d’hygiène accrues. Les mains, avec la nécessité de nettoyage et de désinfection, font partie des zones les plus visées par ces procédures.

Déjà utilisés couramment dans le milieu hospitalier, les gels désinfectants font partie de la routine du personnel soignant. En effet, les deux tiers des agents de santé se laveront les mains plus de 10 fois par jour avec des savons désinfectants pour les mains. Plus spécifiquement les infirmières utilisent du gel hydroalcoolique environ 120 fois par quart de travail, ce qui représente 15 utilisations par heure.

L’arrivée de la pandémie a conduit à l’utilisation massive de gel désinfectant à travers l’ensemble de la population. Ce phénomène a généré une pénurie mondiale de désinfectant sans précédent.

Premièrement, nous avons assisté à une pénurie du produit en tant que tel – gel ou mousse désinfectante. Par la suite, l’augmentation de la production s’est irrémédiablement répercutée sur l’approvisionnement en matières premières. Aujourd’hui, il est impossible de trouver certains ingrédients pour la fabrication de gel et les délais de livraison sont de plusieurs mois. Enfin, nous avons également assisté à une pénurie de flacons et de pompes nécessaire au conditionnement des produits. Ainsi la fabrication et l’approvisionnement en désinfectant pour les mains sont devenus des enjeux majeurs.

Au Canada, l’enjeu est aussi très important. Santé Canada a d’ailleurs pris de nombreuses mesures pour aider l’industrie à fabriquer des produits désinfectants. La mise en place d’une procédure accélérée pour l’obtention d’une licence de fabrication et la révision des normes sur l’alcool en sont deux exemples. Santé Canada a rapporté une augmentation de plus de 700 % de l’attribution de la licence accordant ainsi à de nombreuses entreprises les autorisations nécessaires à la fabrication de désinfectants.

De quoi se composent ces produits désinfectants, notamment les gels hydroalcooliques comme le « Purell » ? L’ingrédient majeur et indispensable est, bien évidemment, l’alcool. Celui-ci, de l’éthanol ou de l’isopropanol, doit avoir une concentration qui se situe entre 60 et 80 %. Redoutable contre les bactéries ou les virus, l’alcool reste un desséchant pour la peau. Afin de protéger nos mains, un humectant, tel que de la glycérine, est ajouté afin d’adoucir le produit. Enfin, un agent gélifiant est souvent intégré afin de donner une texture au produit et de faciliter son utilisation. Ces gélifiants sont souvent des polymères acryliques, que l’on retrouve dans la liste des ingrédients sous le nom « carbomer ». Selon les fabricants, des additifs, tels que des vitamines, des parfums ou des colorants, peuvent être également ajoutés.

Depuis de nombreuses années, le laboratoire LASEVE de l’UQAC travaille dans le développement de produits pharmaceutiques et cosmétiques. La recherche développée par les chercheurs du laboratoire part de l’identification des composés actifs issus des plantes jusqu’à la formulation de nouveaux produits de santé. La formulation est une discipline de la chimie qui étudie les mélanges d’ingrédients et les procédés pour obtenir des nouveaux produits.

Depuis le début de la pandémie, nous travaillons à la formulation de nouveaux produits désinfectants afin de développer des alternatives aux ingrédients en pénurie. Nous souhaitons notamment développer des formules contenant des ingrédients alternatifs et disponibles au Canada. Ceci permettra d’avoir un circuit de production plus local et plus court, et donc de répondre rapidement aux besoins de la communauté. 

Nos recherches ont déjà eu plusieurs retombés concrètes, tant au niveau fédéral que régional. 

Au niveau fédéral, nos travaux, en collaboration avec le Conseil national de recherches du Canada, ont permis à Santé Canada de publier une liste de gélifiants alternatifs pour la fabrication de gel alcoolique. Ainsi ont été ajoutées des celluloses naturelles issues de l’industrie forestière québécoise.

Au niveau régional, le produit développé au laboratoire est fabriqué par l’UQAC afin de fournir les services à la communauté du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Bien que ces résultats soient un premier pas dans la bonne direction, beaucoup de travaux sont en cours afin de pallier rapidement la pénurie actuelle.

Ces recherches se sont rapidement intégrées aux créneaux de recherche habituels du laboratoire. En effet, depuis de nombreuses années, le laboratoire étudie les plantes de la forêt boréale, comme le thé du labrador, l’eau de bouleau et le cornus, à la recherche de nouveaux ingrédients actifs. 

Les dernières années nous ont amenés à découvrir des ingrédients d’intérêt dans la lutte contre les infections liées aux virus et aux bactéries. La découverte d’un ingrédient efficace contre les staphylocoques dorés résistant à la méthicilline (SARM) et le démarrage d’une étude clinique d’un produit contre le virus de l’herpès en sont deux exemples. 

Actuellement, nous travaillons à mettre en oeuvre nos expertises dans la lutte contre la COVID-19 en testant l’efficacité d’extraits boréaux contre ce virus et en proposant de nouvelles formulations innovantes de produits désinfectants.