La rage en héritage

Laissez-moi vous raconter une histoire. Ah... et puis, comme je me sens d'attaque cette semaine, je vous en offre même deux pour le prix d'un. Mais là, ne sautez pas tout de suite de joie. Parce que je tiens à vous avertir, ce sont deux histoires pas très jojos, mais bon...
La première a pour personnage un jeune garçon. Disons qu'il a sept ou huit ans. Ce n'est pas important en fait.
Alors voilà, vous savez comment ils sont ces jeunes enfants. Ils ne peuvent jamais s'arrêter de jouer et ils carburent sans arrêt à la joie de vivre. D'ailleurs, le jeune homme qui se trouve au coeur de notre histoire est un de ceux-là. Et puis, question qu'on se fasse tous la même représentation du garçon, imaginons une espèce de Denis la malice, genre, un petit gamin aux cheveux blonds et aux yeux vifs.
Ce petit garçon, il aurait tout pour être l'enfant le plus heureux, or, le destin a fait en sorte que son père est un triste personnage. Juste pour vous donner une petite idée, par une belle journée chaude et ensoleillée d'été, alors que Denis jouait avec des amis, il a fait mal par inadvertance à une de ses copines. Alors question de bien lui faire comprendre que ce n'était pas bien, son père a tout simplement eu la brillante idée d'enfermer Denis dans la boîte arrière de son pick-up, en prenant soin de bien fermer la porte et les fenêtres, tout ça, sous un soleil de plomb. Juste une petite demi-heure.
Et puis une autre fois, alors que le même Denis la malice avait fait une petite égratignure sur la voiture de son voisin en s'amusant avec des amis, son père a une fois de plus fait preuve de son sens plutôt cruel de la pédagogie. Cette fois-ci, il a amené son fils dans le garage, et devant les yeux horrifiés de ce dernier, il a détruit sa toute nouvelle bicyclette à grands coups de masse.
Et là, je pourrais continuer longtemps comme ça en vous racontant cette fois où le père a crevé un tympan à son fils en le frappant à l'oreille ou cette fois où il lui a cassé le bras. Bref...
Maintenant, passons à ma deuxième histoire. C'est celle d'un grand gaillard dans la fin de la vingtaine. Je pourrais vous dire que le gars mesure huit pieds et j'exagèrerais à peine. Et ça, c'est sans compter les 300 livres de muscles qu'il a certainement dû faire gonfler à coups d'entraînements et de trucs que vous ne refileriez jamais à votre corps. Et en plus, ces trucs, ça vous bousille la santé psychologique.
Le colosse en question a eu une vie plutôt spéciale. Disons que les choses n'ont pas toujours été en sa faveur et juste pour mal faire, le gars a souvent fait des choix de vie discutables. Et ça, il en était bien conscient, car un soir de décembre, le type s'est taillé les veines, mais sans succès. On l'a gardé à l'hosto pas plus que deux jours et on l'a ensuite renvoyé chez lui.
La suite, elle est plutôt triste. Le gars a continué à s'enfoncer, et ce, malgré les tentatives désespérées de son entourage à redonner un sens à sa vie. Et puis, ce qui devait arriver est arrivé. Le gars a fini par littéralement péter un plomb et il s'est rendu jusqu'à l'appartement de son ancienne copine, pour la sortir dans la rue et la tabasser devant le regard horrifié du voisinage. Et la suite n'est guère plus joyeuse. Le gars est maintenant en prison pour plusieurs années.
Là, je vous demande de me pardonner, car je viens de réaliser que j'avais omis de lui donner un nom à ce colosse. Alors pourquoi on l'appellerait pas lui aussi Denis. Parce qu'à la fin, on parle du même type. Car j'avais oublié aussi de vous spécifier que le colosse, c'était l'enfant de l'autre histoire.
Bien que rien n'excusera jamais ce que Denis a fait à cette pauvre fille, y'a quand même un truc à comprendre dans tout ça. La violence, c'est un engrenage qui traverse le temps. Et au-delà des châtiments, ce qui importe, c'est de briser cette chaîne. Car la rage n'a rien d'un héritage.