La planète va s'en remettre. Et vous?

Ce texte a été écrit par Simon Girard, professeur en génétique à l’Université du Québec à Chicoutimi

Il serait difficile d’ignorer tous les récents débats portant sur la crise climatique. On peut voir la porte-étendard, Greta Thunberg, sur toutes les tribunes. Mais Mme Thunberg (si j’ai la chance de la rencontrer un jour, je l’appellerai Greta, mais d’ici là, cette jeune dame mérite tout mon décorum) le répète sans cesse : elle ne veut pas être l’objet de l’attention. Tout ce qu’elle demande, c’est d’écouter la voix de la raison, la voix de la science. 

Chic, ça tombe bien, je suis un scientifique ! Et j’ai envie de vous parler. Tout d’abord, je me permets un petit rappel pour vous expliquer comment on fonctionne, nous, les scientifiques. On se spécialise chacun sur un petit bout de quelque chose et on l’étudie à fond. On réalise des observations qui sont suivies par des analyses, elles-mêmes liées à des conclusions. Et par la suite, la majorité d’entre nous, on « pogne la chienne ». Qu’est-ce qui va m’arriver si je me suis trompé dans mes calculs ou dans mes conclusions ? Si j’ai faussement interprété un signal qui n’existe pas ? Bref, dans la majorité des cas, on aura tendance à nuancer nos propres conclusions, à les publier et à attendre. Attendre de voir ce qu’en pensent les autres. Attendre de voir s’ils sont d’accord. Attendre de voir si un consensus émerge. Et généralement, c’est une petite futée, aux États-Unis, en Allemagne ou en Chine, qui va rassembler tous les résultats, faire une nouvelle analyse et tirer des conclusions solides. Ensuite, elle fait le tour du monde en disant : « Checkez la gang, on avait raison. Nos conclusions tiennent la route. » Et c’est parfait comme ça. 

L'auteur de cette lettre, Simon Girard

Je pourrais vous parler de climat, mais je le ferais essentiellement à travers mon chapeau, puisque je ne connais rien là-dedans. Par contre, je crois pouvoir vous parler d’évolution et de biologie. Vous savez, c’est loin d’être la première fois que la planète traverse plusieurs vagues d’extinctions. Il existe même un terme désigné : « extinction massive ». Tout de suite, il vous vient sûrement en tête l’impact d’un astéroïde dans la péninsule du Yucatán au Mexique. Ce n’était sûrement pas « jojo » pour nos amis les dinosaures qui ont d’ailleurs été parmi les principales victimes de cette extinction de masse appelée Crétacé-Paléogène. Mais j’aurais envie de vous parler d’une autre extinction, qui a eu lieu bien avant celle du Crétacé (quelque 200 millions d’années plus tôt). On l’appelle l’extinction permienne et pour être bien honnête, on ne sait pas par quoi elle a été causée. L’une des hypothèses les plus crédibles à l’heure actuelle, c’est qu’elle aurait pu être directement ou indirectement causée par un gargantuesque massive volcanique en Sibérie. La libération d’une telle quantité de carbone et de soufre (tiens, tiens...) dans l’atmosphère aurait déréglé l’acidité des océans. Par contre, ce dont on est certains à propos de l’extinction permienne, c’est qu’elle a causé la disparition d’au moins 87 % des espèces biologiques présentes à cette époque. De quoi inspirer Roland Emmerich ! 

Que s’est-il passé par la suite ? Pas grand-chose ! Pendant plusieurs millions d’années, la vie sur Terre a eu « de la misère ». Mais éventuellement, les espèces ont recommencé à proliférer et la diversité biologie a augmenté pour éventuellement surpasser celle d’avant l’extinction. Des extinctions de masse, il y en a eu plusieurs au fil de l’histoire de notre planète (elle fête cette année ses 4,54 milliards d’années... Bonne fête la Terre !) et chaque fois, elle s’en est tiré « pas pire ». Donc, quand on parle de sauver la planète, je pense qu’on n’a pas trop à s’inquiéter. Mais si vous écoutez bien le message de Mme Thunberg, elle non plus ne s’inquiète pas trop pour la planète. Elle s’inquiète pour plusieurs espèces, dont la nôtre. Pour l’homo sapiens avec un grand H. Et si on peut tirer des conclusions globales des études en biologie évolutive, c’est que la survie d’aucune espèce n’est garantie à long terme. Je m’adresse donc à toi, qui s’est autodésigné climatosceptique. Quand tu te plains des « écolos qui veulent sauver la planète », tu devrais plutôt parler des « écolos qui veulent sauver tes fesses ». Pour que tu puisses profiter de ton Hummer électrique et de ton Ski-Doo à voile encore bien longtemps.