Le confinement vécu par 6 aînés

Carrefour des lecteurs
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Le Soleil

MERCI AUX GÉNÉRATIONS QUI ME SUIVENT

Depuis le 12 mars 2020, ma vie a basculé, il n’y a plus rien comme avant. Moi qui ai toujours essayé de me garder jeune, me voilà vieillie de dix ans.

On doit respecter à la lettre les consignes des autorités politiques, médicales et sanitaires. Ces dirigeants sont devenus sans le vouloir nos dieux, nos anges gardiens, comme à l’époque des sermons religieux dans nos églises, le dimanche. Les conférences à la télévision ont remplacé les chaires ecclésiales.

Ce n’est pas facile à vivre… mais en même temps, c’est difficile de se plaindre car il y en a des pires que moi en ce moment!

Les jeunes générations s’occupent bien de nous. On a qu’à téléphoner et des bénévoles s’occupent d’aller faire notre épicerie. La livraison à domicile est devenue la norme pour que certains commerces, restaurants, gardent leurs clientèles. Je me sens tout de même mal à l’aise d’être aussi choyée et tout cela me rend d’autant plus sensible. En effet! Ces attentions sont le signe que je suis devenue une personne âgée tout d’un coup… même si je sais que c’est pour nous protéger et que je le comprends.

Merci aux générations qui me suivent de vous occuper de nous et surtout de vous occuper des personnes plus vulnérables qui vivent dans des CHSLD. J’ai bien compris que ce n’est pas une place enviable pour le futur ...

Le confinement brime ma liberté, mais en même temps, augmente ma créativité. Je me suis remise à l’écriture, à la peinture et je me suis même découvert des talents de comédienne! J’ai entraîné mon conjoint dans mes folies. On s’est déguisés et on a réalisé trois petits vidéos pour amuser nos petits-enfants et leurs amis. J’ai donc tout de même une vie remplie et beaucoup plus de communications grâce à la technologie comme Facebook et Messenger. Ceux-ci sont devenus nos drogues quotidiennes, pour tous.

Maintenant, je dois apprendre à vivre au jour le jour sans faire de plans pour l’avenir. Mais mes enfants et petits-enfants me manquent.

Lucie Lavoie
Chicoutimi

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« J’ai décidé que ce serait un moment de détente, de petits plaisirs et de regards sur ma vie et mon entourage. »
Micheline Contant (Québec)

VIVE LE BALCON!

La jeune fille que j’ai été, avait des restrictions très strictes à respecter:

  • rentrer à la maison avant vingt-deux heures,
  • ne pas recevoir de garçon sans chaperon,
  • éviter de fréquenter les restaurants à l’auto avec mon chum.

À  80 ans, j’ai eu l’impression de me retrouver à cette époque:

  • ne sortez pas de vos appartements,
  • restez dans les limites de la résidence si vous marchez,
  • restez à 2 mètres de d’un autre humain…..

Alors, prenant mon courage à deux mains, j’ai décidé que ce serait un moment de détente, de petits plaisirs et de regards sur ma vie et mon entourage.

Notre confinement est sévère, oui, mais nous sommes bien entourés. Grâce au bon soin de personnes engagées et excessivement attentives, les journées en confinement passent quand même relativement vites.

Oublier les quatre murs de mon appartement pour profiter du temps qu’il me reste sur Terre et regarder cette période comme un arrêt dans la vie trépidante menée jusqu’à date, c’est ce à quoi je m’applique.

Perchée au 6e étage, j’ai devant moi un paysage qui devient magnifique sous le soleil du printemps. Entre les montagnes et la vue sur le centre-ville de Québec, je fais les cent pas sur un grand balcon.

J’ai toute la technologie disponible à ma portée, et j’en profite. Je ne me doutais pas que les étés que j’ai sacrifiés à suivre des cours d’informatique il y a 20 ans, me serviraient autant à 80 ans.

Je suis dans un environnement où on me respecte en tant que personne. On me parle comme à un être humain intelligent, capable de prendre ses décisions et responsable de ses actes. Cet état de fait est important pour moi et le restera toujours.

Micheline Contant
Québec

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« J'ai appris que j'étais une aînée, une personne âgée donc vulnérable »
Nicole Brunelle (Trois-Rivières)

SE RÉINVENTER

Quelle bizarre et inquiétante période nous vivons. Du jour au lendemain, je n'avais plus le droit de sortir, de voir mes enfants, petits-enfants et amies. J'ai appris que j'étais une aînée, une personne âgée donc vulnérable. J'ai 71 ans, mais pas dans ma tête. Je vais bien, je suis autonome et tout ça. Ça m'a déstabilisée. Je me suis rendue compte que j'attendais que la vie reprenne, mais la vie n'a jamais été sur pause. Il faut juste la réinventer. Profiter de chaque jour. Je me suis inscrite aux cours d’écriture de Janette Bertrand et j'adore. J'ai la chance de vivre avec ma fille et ses sept enfants. Je suis bénie. De la vie il y en a et je suis bien entourée. 

Courage on va s'en sortir.

Nicole Brunelle
Trois-Rivières

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BEAU TEMPS POUR ÉCRIRE

Le confinement s'allonge. Plusieurs personnes âgées n'ont pas d'Internet, alors j'ai pensé y prendre toutes sortes de publications drôles ou subtiles que j’imprime pour ensuite les coller à l'extérieur de la porte de mon appartement. Ceux qui passent peuvent ainsi les lire. J'en colle une ou deux quotidiennement.

Souvent j’entends des rires ou je rencontre des personnes qui me disent de continuer car elles aiment ça! Parfois des gens utilisent leurs téléphones pour photographier mes collages et vont les montrer aux personnes encore plus confinées que moi comme les réceptionnistes ou le personnel soignant ainsi que les résidents de l'aile Signature de la Croisée de l'Est.

C’est ainsi que plusieurs personnes qui font leurs exercices en prenant des marches à l'intérieur en profitent pour venir voir les niaiseries de la journée. Ça m'occupe et ça rend des gens joyeux! C'est mon but dans ces temps ennuyeux ou lorsque la température est moche et que l'on ne peut aller à l'extérieur.

D’autre part, sur un plan plus personnel, je prends beaucoup de temps à écrire ma vie avec mes souvenirs les plus lointains de la naissance à aujourd'hui. Pour vous donner une idée, j'ai environ vingt pages écrites et je suis encore dans la section de mon enfance.

J'ai aussi commencé à faire mon arbre généalogique en communiquant avec
parents et amis pour obtenir les informations qui me manquent.

Quels bons passe-temps … !

Pierre-Paul Raymond
Granby

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« Ma tablette ne m’égratigne pas la face avec ses petits ongles pointus et elle ne m’enlève pas mes lunettes quand la prend dans mes bras »
Daniel Lavoie (Sainte-Pétronille)

VOLEUR DE BONHEUR

Voleurs de souffleuses, voleurs d’auto, voleurs d’argent, voleur de bonheur! Oui oui! Voleur de bonheur! Celui qui m’a volé les bisous que je ne peux plus donner à mon petit « paquet de bonheur » : ma petite Alice qui va bientôt avoir un an, ma petite Alice qui grandit et qui va bientôt marcher, dire ses premiers mots! Tous ces beaux moments qui vont être du passé... Bien sûr, je te vois sur ma tablette mais c’est pas pareil! Ma tablette ne m’égratigne pas la face avec ses petits ongles pointus et elle ne m’enlève pas mes lunettes quand la prend dans mes bras.

COVID, je te déteste voleur de bonheur!

Daniel Lavoie
Sainte-Pétronille

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QUAND EST-CE «CONFINIT»?

Je confine, tu confines, nous confinons… quand est-ce « confinit »?

J’allais vous présenter un petit message d’humour, de courage et de sagesse... Après réflexion, je préfère vous dire la vérité avec ses plus et ses moins, histoire de partager mon état d’esprit avec vous et que nous en tirions la conclusion que c’est pas si mal après tout.

Croyez-moi, j’offrirais mon âme au diable s’il pouvait combler trois de mes désirs les plus chers. En premier lieu, je serais tellement heureux de voir mes enfants et petits-enfants en chair et en os plutôt que sur un écran de Skype. La réalisation de mon deuxième désir me rendrait plus présentable si le premier était réalisé. En effet, une coupe de cheveux, mon deuxième désir, me rendrait plus à l’aise. Mon troisième désir serait de faire un tour de machine, en d’autres mots, une randonnée au volant de ma voiture qui fait la paresse depuis un mois et demi.

Ces désirs n’étant pas près de se réaliser, qu’est-ce que je fais de mon temps, denrée dont je dispose en grande quantité? Je rédige présentement l’histoire de ma vie en 13 chapitres dont 7 sont déjà complétés. Il aurait pu y en avoir 14 mais celui sur le coronavirus n’en fera pas partie car ce n’aurait été qu’un bref chapitre dans une vie qui compte déjà plus de 86 ans.

D’autre part je consacre beaucoup de temps à analyser et suranalyser mes placements boursiers, exercice pas très stimulant en raison de la dégringolade boursière. Et comme troisième activité, je lis énormément. Selon le site de la Grande Bibliothèque, j’ai emprunté 90 ouvrages en 2019. L’année coronarienne battra sûrement ce record.

En conclusion, je vous avoue que ma situation personnelle pourrait être pire et que je suis heureux que l’été approche. En effet, je suis mort de rire en pensant aux moustiques qui se demanderont où nous sommes passés.

René Miglierina
Montréal