Je viens d'apprendre que je suis un vieillard 

Gerry Pagé
Gerry Pagé
Québec
Ce ne sont ni M. Legault ni M. Arruda qui m’en ont informé. Par hasard, mon fidèle ami le dictionnaire vient de me souffler à l’oreille que octogénaire n’a qu’un seul synonyme et que c’est vieillard. À cet étage de la vie, il y a devant moi 9 marches avant le prochain étage et je viens de franchir la première.

Mais, ayant le vertige à mes heures, j’ai besoin d’une solide rampe à laquelle m’agripper et il m’arrive souvent de m’assoir dans l’escalier, aux jours où certains essoufflements m’y obligent. 

Au regard de tous les épais brouillards qui s’annoncent, je suis incertain de vouloir forcer la porte du neuvième étage, même si je m’investis dans le positivisme. J’apprécie mon indépendance et mon autonomie, ma vitalité et ma vivacité, bien que la mémoire me joue de vilains tours. Je cherche mes mots, mais à force de patience, ils finissent par arriver, même si parfois, il faut attendre au lendemain. 

Malgré l’usure du confinement et la perte des stimuli de l’extérieur et du côtoiement de mes semblables, je connais mes repères. Je texte et courrielle souvent les amis d’un réseau interactif qui réunit des 20 à 90 ans dont les énergies me sont une cure de jouvence. 

Mes anges gardiens se partagent les courses que nécessitent les besoins essentiels de la survivance. Tandis qu’ils s’échinent à courir dans toutes les directions, j’en profite pour grimper les escaliers de cinq à dix étages de l’immeuble où j’habite, comptant toutefois sur l’ascenseur pour me ramener à bon port. 

Depuis que j’ai baptisé mon balcon «le chalet» je fais de belles sorties, j’écoute quelques roitelets dont j’apprécie les solos et même une corneille dont les croassements sont à mon oreille des «Salut le vieux!». Bref, je m’organise pour bien vivre le temps qu’il me reste. J’ai le goût de savourer la vie et donc de bien gérer les cafards du confinement et de la distanciation.

Gerry Pagé
Québec