Ghislain Harvey, ancien président-directeur général de Promotion Saguenay.

La boîte de Pandore

ÉDITORIAL / La mairesse Josée Néron en a suffisamment vu et entendu pour comprendre qu’il lui sera impossible, à elle seule, de faire maison nette de Promotion Saguenay et des autres corporations au sein desquelles l’ancienne administration municipale s’est immiscée, les détournant parfois de leur mission pour en faire des véhicules politiques et des refuges pour les proches du régime. Aussi a-t-elle opté pour la décision la plus sage : faire appel au gouvernement afin qu’il décrète la tutelle de Promotion Saguenay et qu’il enquête sur cette organisation, sa gouvernance et les individus qui l’administraient jusqu’ici.

Dans la dernière édition du Progrès, la conseillère Julie Dufour a jeté un pavé dans la marre en suggérant que le vérificateur général de la Ville fasse le diagnostic complet de Promotion Saguenay et toutes autres ramifications de l’hôtel de ville. À peine 24 heures plus tard, la mairesse Néron doublait la mise en sortant l’arme nucléaire. Sa démarche aboutira sans doute par la prise en charge de l’organisation par l’État, mais ultimement, il est souhaitable qu’elle mène à une commission d’enquête publique qui mettrait en lumière la culture qui s’est implantée à Saguenay sous le règne de Jean Tremblay. La population pourra ainsi mesurer l’influence dont jouissaient certains non élus, notamment Ghislain Harvey, dans les affaires courantes de la Ville.

La saga entourant le contrat de Ghislain Harvey a provoqué l’indignation d’une vaste partie des contribuables au cours des derniers jours. Il ne s’agit toutefois que d’un dossier, et il serait peu étonnant que d’autres scandales éclatent lorsque l’équipe de Josée Néron s’intéressera à l’une et l’autre des nominations sans appel de candidatures qui ont été effectuées sous l’ancienne administration. Du responsable du développement durable au vérificateur général, Jean Tremblay se gardait jalousement le loisir de nommer les personnes qu’il souhaitait. Maintes fois, il s’est justifié en prétextant qu’il savait reconnaître les meilleurs. Mais, les règles ont changé à la Ville et les « champions » de l’ancien maire doivent maintenant prouver qu’ils sont, en effet, les plus compétents de tous, dans leur discipline respective. 

Ce sera le cas pour Julie É. Guérin, la belle-fille de Ghislain Harvey qui a été élevée au rang de cadre supérieur de la division environnementale de la Ville. Idem pour Danielle Godin, ancienne attachée du maire Tremblay à qui on a offert la direction générale de l’arrondissement de Jonquière ; et pour Fabien Hovington, ancien conseiller municipal reconnu coupable d’avoir voyagé à Nice aux frais des contribuables, aujourd’hui directeur de la corporation de la Zone portuaire. 

Toutes ces personnes, et sans doute bien d’autres, doivent faire la démonstration qu’ils ont non seulement les qualités requises pour occuper leurs fonctions, mais bien qu’elles étaient les meilleurs prospects disponibles lors de leur embauche. S’il y a eu du népotisme à Saguenay, les gens doivent en être informés et des mesures doivent être entreprises.

Le grand nettoyage que promettait Josée Néron s’amorce et visiblement, la mairesse n’entend pas mettre ses gants blancs. Le gouvernement du Québec doit accueillir favorablement la demande qui lui est faite et accompagner le conseil de ville dans sa quête de vérité. 

Il y a fort à parier que la mairesse obtiendra l’appui inconditionnel de ses conseillers municipaux de même que celui des électeurs pour assainir l’appareil public, et ce malgré les frais découlant de cette démarche. La démocratie n’a pas de prix ; la clairvoyance non plus. Et à terme, c’est toute la population de Saguenay qui en sortira gagnante et qui pourra mieux évaluer le legs de Jean Tremblay, un homme qu’elle a maintenu au pouvoir pendant deux décennies. 

Âmes sensibles s’abstenir : la boîte de Pandore vient de s’ouvrir.