Infirmières: des jours meilleurs?

ÉDITORIAL / Est-ce la fin des Émilie Ricard, ces infirmières débordées, épuisées au point qu’elles deviennent à leur tour malades parce qu’elles ne peuvent donner les soins requis aux trop nombreux patients dont elles ont la charge? En campagne électorale, tous les partis s’engagent à améliorer le sort des ces professionnelles de la santé appréciées du public. Les infirmières ont toutefois intérêt à ne pas baisser la garde.

Beaucoup d’espoir est mis dans les projets pilotes de ratio infirmière-patients sécuritaire lancés ce printemps (d’autres débuteront plus tard cet automne) par le ministre Gaétan Barrette et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Après le cri du cœur lancé en janvier par l’infirmière Émilie Ricard, Québec a enfin mis en branle ce qu’il s’était pourtant engagé à faire en 2015, soit trouver un ratio patients-infirmières correspondant aux réalités d’aujourd’hui, et ce afin d’alléger la tâche du personnel et réduire le recours au temps supplémentaire.

Il a fallu le témoignage de la jeune infirmière de l’Estrie devenu viral sur Facebook pour que Gaétan Barrette et son équipe s’activent enfin.

L’exercice enclenché, est-ce vraiment la fin de la surcharge de travail et de la dégradation de la pratique que les infirmières et leurs syndicats déplorent depuis 25 ans?

La FIQ mise sur l’établissement de nouveaux ratios pour donner de l’oxygène à ses membres. Elle réclame une loi, comme l’a fait la Californie, pour attirer dans le réseau public les infirmières qui l’ont délaissé.

Les candidates du Parti libéral, de la CAQ, du PQ et de Québec solidaire qui participaient mercredi au débat sur la santé organisé par la FIQ ont toutes manifesté une ouverture à l’adoption d’une loi à la fin des projets pilotes.

Une ouverture n’est cependant pas un engagement ferme à aller dans cette direction.

Mener des projets pilotes n’est pas non plus une garantie que les nouveaux ratios seront rapidement déployés dans tous les établissements.

Il faut du personnel qualifié et disponible, et également, des ressources financières suffisantes pour concrétiser le tout.

Si le gouvernement Couillard a fixé cette année à 4,6 % la croissance des dépenses en santé, il avait été beaucoup moins généreux les années précédentes, faisant fi du 4 % promis en campagne électorale. Dans le rapport préélectoral des Finances, il prévoit encore une croissance annuelle moyenne de 4 % des dépenses en santé. Étant donné qu’il faut 3,8 % pour couvrir les coûts de système et maintenir le panier de services, la marge de manœuvre pour bonifier les conditions de travail des infirmières est mince. D’autant plus que les besoins en santé ne diminueront pas avec le vieillissement de la population du Québec.

Dans le cadre des projets pilotes, le nombre de patients dont doit s’occuper une infirmière la nuit dans un CHSLD a été réduit de moitié. La professionnelle veillera entre 37 et 44 patients plutôt que 76 à 96.

Il faudra donc embaucher plus de personnel, et pour y parvenir il ne suffit pas d’afficher massivement des postes à temps plein. Il faut également offrir des conditions de travail qui ne mènent pas à un épuisement professionnel ou un changement de carrière. Les infirmières doivent avoir la garantie qu’elles ne se retrouveront pas à nouveau avec trop de patients, des heures supplémentaires de travail obligatoires et un risque accru d’erreurs professionnelles.

Les conventions collectives des infirmières membres de la FIQ viendront à échéance au printemps 2020. Ce sera le test du réel pour le gouvernement et le moment de vérité sur la valeur des engagements formulés en campagne électorale.