GNL Québec : la science sans parti pris

OPINION / La lettre ouverte, intitulée Les nouvelles énergies fossiles ne sont pas une passerelle pour la transition énergétique, publiée samedi dernier dans cette tribune, met en lumière des positions subjectives contre le gaz naturel qui ne reflètent pas l’état du savoir scientifique international et le besoin, voire même le devoir, de communiquer la science sans parti pris, de façon complète, rigoureuse, prudente et nuancée.

Stéphanie Fortin est directrice principale Affaires publiques et relations avec les communautés chez GNL Québec

D’entrée de jeu, l’auteur souligne, afin d’orienter le lecteur, que seuls « l’industrie et certains politiciens continuent de véhiculer » l’image du gaz naturel à titre d’énergie de « passerelle ».

Bien que séduisante, cette affirmation n’est pas véridique : le rôle crucial du gaz naturel dans la décarbonisation mondiale de l’énergie est reconnu et documenté dans les prévisions, les perspectives et les scénarios dressés par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), agence autonome de l’OCDE agissant en matière énergétique un peu comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de santé publique mondiale.

L’AIE identifie le gaz naturel comme un des piliers – avec l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables – de la sortie du charbon en plus d’être un levier dans le développement des énergies renouvelables intermittentes, lesquelles ont besoin d’une énergie d’appoint fiable, sécuritaire et sobre en carbone pour assurer leur stabilité.

Dans le corps du texte, l’auteur mentionne que les émissions fugitives de gaz naturel peuvent représenter « jusqu’à 9 % du gaz produit ». Bien que cette donnée soit probablement factuelle pour certains cas bien précis, elle ne reflète pas l’état du savoir et des connaissances scientifiques.

GNL Québec a mandaté les scientifiques du CIRAIG de Montréal pour conduire l’analyse de la chaîne de valeur du gaz naturel que nous liquéfierions, de l’extraction à sa consommation. Ce bilan, associé à une revue de la littérature exhaustive, révèle que sur l’ensemble du cycle de vie, les émissions fugitives de gaz naturel seraient autour de 1 %, et ce en tenant compte de la durée de vie des puits. Bien loin, donc, des 9 % évoqués.

Référer au « gaz de schiste », parce que cela fait peur aux Québécois

L’auteur associe GNL Québec au « gaz de schiste ». L’intention apparaît ici de miser sur la sensibilité québécoise quant au gaz de schiste pour, de façon indirecte, amener le lecteur à considérer que GNL Québec est nécessairement un mauvais projet.

Or, pour bien comprendre le projet Énergie Saguenay, il est nécessaire de faire la distinction entre la provenance du gaz (le type de gisement) et la méthode utilisée pour « faire sortir le gaz ».

Ainsi, dans le cadre du projet, le gaz provenant de gisements de schiste ne représentera pas plus de 4 % de l’ensemble du gaz qui sera liquéfié à l’usine. Cette proportion est appelée, selon les données et les prévisions des autorités réglementaires canadiennes, à rester stable au cours des prochaines décennies.

Par conséquent, s’il est vrai que les gisements de schiste présentent des enjeux et des réalités particulières à cette « sorte » de gaz naturel, on ne peut pour autant analyser le projet Énergie Saguenay à partir de ces seules réalités. Elles ne s’appliquent tout simplement pas.

Il est utile, ici, de rappeler que la méthode d’extraction de gaz naturel appelée « fracturation hydraulique » est employée depuis des décennies à travers le monde. Sans entrer dans tous les détails, il importe de savoir qu’au Canada, d’où proviendra 100 % de notre gaz naturel, l’encadrement de la fracturation hydraulique est parmi, sinon le, plus sévère au monde. Ce qui donne au gaz canadien, et donc au projet Énergie Saguenay, une valeur environnementale, sociale et économique supplémentaire sur les marchés mondiaux.

Des études scientifiques indépendantes réalisées en Alberta et en Colombie-Britannique ont par ailleurs démontré l’efficacité et la solidité de l’encadrement réglementaire canadien pour les milieux concernés, autant pour l’environnement que pour les communautés qui en dépendent.

Soyons rigoureux, visons un débat plus serein

Le gaz naturel fait partie de l’éventail d’outils à déployer à travers le monde afin de lutter contre les GES. Le Québec a l’occasion de se positionner comme le fournisseur du meilleur gaz naturel liquéfié disponible sur le marché. Bien que nous essayions toujours de présenter l’information sur le projet Énergie Saguenay de la façon la plus nuancée et vulgarisée que possible, nous ne sommes pas parfaits dans nos communications et devons nous-mêmes parfois nous recadrer.

Et, justement, nous invitons toutes les parties intéressées à en faire de même pour viser un débat plus serein et plus éclairant.