Frère et soeur dans les étoiles

Il y a déjà deux ans quand même. Faut croire que le temps file.
Faut aussi savoir que nous étions sur le qui-vive depuis déjà plusieurs semaines.
L'histoire, c'est qu'à la fin de l'été, nous avions dû composer avec tout un imprévu. On venait tout juste d'emménager dans notre première maison et on sortait alors de notre première année en tant que parents. Mine de rien, ce n'est pas évident de s'adapter à cette nouvelle vie. Tu revois tous ces gens qui t'ont répété l'un après l'autre que d'avoir un enfant ça change une vie et disons que pendant la première année, tu finis rapidement par comprendre cette phrase-là. En long et en large à vrai dire.
Bref, cet été-là, on avait tranquillement l'impression de recommencer à prendre le contrôle de nos vies et puis hop, voilà que ma blonde découvrait qu'elle était à nouveau enceinte. À la différence de bien des couples, c'était une nouvelle qui nous mettait alors dans une situation très spéciale. C'est qu'avant d'avoir notre fils, nous avions perdu une petite fille à la naissance et quant à Charlot, ça avait été une expérience très atypique. À quelque chose comme 27 semaines, les docteurs ont envoyé ma blonde à Québec, car ils craignaient qu'elle accouche prématurément donc jusqu'à la naissance de Charlot, on a comme vécu le stress des dernières semaines pendant presque trois mois.
Je me souviens que lorsque Charlot est né, il y avait ce vieux docteur sympathique qui nous avait prévenus de ne plus pousser notre chance. «Vous en avez un bien en santé, profitez-en donnez-lui tout l'amour qu'il mérite et n'essayez plus d'avoir d'autres enfants, car ça risque de mal se finir la prochaine fois.» Bon, il n'avait pas dit ça comme ça, mais le fond c'était pas mal ça quand même.
Donc voilà, ma blonde était à nouveau enceinte et après quelques jours de réflexion, on s'est dit que si nous n'essayions pas, nous nous questionnerions pour le restant de nos jours à constamment se demander «et si».
Les trois premiers mois se sont déroulés très rondement et au moment où on a fait l'annonce auprès de ceux et celles qu'on aimait, le cauchemar a débuté. Le docteur de ma blonde l'a mise en repos forcé et pendant des semaines, elle était condamnée à rester étendue sur le divan ou dans son lit et surtout, à se sentir impuissante de me voir courir d'un bord et de l'autre.
Et puis on a traversé le temps des Fêtes et pendant quelques jours, on a même cru que la situation était en train de revenir à la normale. Et là, le soir du 8 janvier, tout a chaviré.
Faut savoir que ça se passe très vite. On arrive à l'hosto de nuit, personne ne comprend vraiment ce qui se passe et sans nous assurer que ça ira bien, tout le monde essaie de demeurer positif. Et puis au petit matin, le gynécologue se pointe et vous annonce que c'est la merde. Sans explication logique, le travail avait débuté et dans l'éventualité où on réussissait à réchapper le nouveau-né, celui-ci allait être transporté au CHUL à Québec et les scénarios envisageables étaient très lourds. «Vous savez, les bébés miracles que l'on voit au téléthon Opération Enfant Soleil, ce sont les rares exceptions. On voit plus souvent des familles s'entre-déchirer et les autres enfants se sentir à l'écart pendant toute leur jeunesse.» C'est en gros ce que le pédiatre nous a dit.
Alors voilà, il y a deux ans, Éli a vu le jour. Je l'ai tenu dans mes bras en prenant bien le soin qu'il capte tous les rayons de soleil qui entraient par la fenêtre. Je lui ai répété que je l'aimais et il est parti dans la chaleur de mes bras.
Ça fait déjà deux ans et j'y pense tous les jours. Je vois Éli à travers son frère. Et quant à Charlot, il me parle régulièrement de son frère et de sa soeur qui sont dans les étoiles.
Et la vie continue. Et je réussis à sourire tous les jours. Et le soir, quand je me sens seul, je regarde au ciel et je me dis que je serai toujours en bonne compagnie tant qu'il y aura des étoiles.