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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
La tradition du chemin de croix personnifié comme celui de Shipshaw attire de moins en moins de monde chaque année. Les poules en chocolat sont plus populaires.
La tradition du chemin de croix personnifié comme celui de Shipshaw attire de moins en moins de monde chaque année. Les poules en chocolat sont plus populaires.

Fête des brunchs et du chocolat

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CHRONIQUE / C’est Vendredi saint aujourd’hui, ça vous dit quelque chose ? Si vous avez moins de 40 ans, c’est fort possible que ça ne vous dise rien. Vous ne savez pas c’est quoi, une Semaine sainte, la passion du Christ, la veillée pascale, le Cierge pascal, le lavement des pieds, le mercredi des Cendres, le carême ou le dimanche des Rameaux ?

Des personnages comme l’apôtre Pierre, Judas, Saint-Thomas, Marie-Madeleine, Ponce Pilate ou Barabbas ne vous disent rien ? Probablement que la prochaine génération dira « c’est qui ça, Jésus », comme une jeune personne que je connais a découvert récemment que Walt Disney n’était pas seulement le nom d’un parc d’attractions.

J’écoutais l’animateur Martin-Thomas Côté (35 ans) sur les ondes de KYK Radio, le matin du Jeudi saint, avec ses collègues Dominick Fortin (39 ans) et Tania Clouston (27 ans). Il leur a proposé un jeu-questionnaire sur Pâques et ses deux collègues ont lamentablement coulé leur examen pascal. Ils ignoraient tout de ce que j’ai écrit dans les deux premiers paragraphes.

Martin-Thomas Côté fait probablement partie des rares personnes de son âge à connaître son histoire religieuse. Il s’intéresse à l’histoire et pour lui, l’histoire religieuse fait partie de la culture générale. Il est également un fan de superhéros et m’a fait savoir que les allégories religieuses sont très nombreuses chez les disciples du Capitaine América.

Mercredi des cendres

Dans le temps de mes parents, on commençait à penser à Pâques dès le mercredi des Cendres. Évidemment, on allait à la messe pour l’imposition des cendres. « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière », nous disait le curé qui nous foutait la trouille en mettant son pouce dans un petit cendrier avant de nous tracer une croix sur le front. Les cendres provenaient des rameaux jaunis qu’on faisait brûler le dimanche des Rameaux.

Le mercredi des Cendres marquait le début du carême qui rappelle les 40 jours que Jésus a passés dans le désert avant de se faire crucifier. C’était une période d’abstinence et de privation. Comme sacrifice, les gens cessaient de fumer, de boire de l’alcool, de manger du dessert ou se privaient d’un de leurs plaisirs favoris pendant 40 jours pour faire carême, comme pour être solidaires avec Jésus.

Après le carême arrivait la Semaine sainte. Le mercredi, on allait à la messe pour recevoir le Saint Chrême qui avait été béni et qui servait à baptiser les enfants pendant l’année. Le Jeudi saint, c’était le lavement des pieds. J’ai fait partie des 12 scouts sélectionnés pour personnifier les 12 apôtres, quand j’étais jeune, et le curé nous avait lavé les pieds.

C’est ce jour-là que Léonard de Vinci représente sur sa célèbre toile, La Cène, le dernier repas de Jésus avec ses apôtres. C’est durant ce repas qu’il prit le pain, le rompit, le donna à ses disciples en disant « ceci est mon corps livré pour vous, pour la multitude et la rémission des péchés, prenez-en, mangez-en tous, vous ferez cela en mémoire de moi ». Il a fait ça aussi avec le vin en disant « ceci est mon sang ».

Si ce que vous venez de lire ne vous dit rien, sachez que les générations qui vous ont précédés ont entendu cette histoire dans leur cours de catéchèse à l’école et toutes les fois qu’ils allaient à la messe. C’est ce repas que le prêtre célèbre avant de donner la communion à la messe.

Vendredi saint

Nous voilà donc rendus au Vendredi saint. C’est ce jour-là que Jésus est mort sur la croix. C’est ce jour-là que Judas a trahi Jésus en lui donnant un baiser sur la joue pour le livrer aux Romains. Dans ses écritures, Judas Iscariote dit qu’il était de mèche avec Jésus dans cette histoire. Jésus lui aurait demandé de l’aider à quitter son corps qui était un sanctuaire.

C’est ce jour-là qu’on a fait la connaissance de Ponce Pilate, des deux larrons, dont Barabbas. C’est ce jour-là aussi qu’a été inventé le chemin de croix, au cours duquel Jésus tombe trois fois, qu’il se fait mettre une couronne d’épines sur la tête en tant que « Roi des Juifs ». J’ai déjà personnifié le Christ dans un chemin de croix animé à l’église Saint-Joachim, quand j’étais adolescent. On m’avait choisi parce que j’avais les cheveux longs.

C’est sur ce chemin qu’une femme essuie le visage de Jésus qui reste estampé sur un linge. On y fait référence dans le film Forrest Gump. C’est à ce moment que le soldat romain a dit à Jésus de se croiser les pieds sur la croix, car il ne lui restait qu’un seul clou. C’est une blague, n’empêche qu’elle se racontait quand j’étais jeune. C’est là que Pierre a renié Jésus trois fois avant que le coq n’ait chanté.

C’est ce jour-là qu’on lui planta une épée dans les côtes et que les voiles du Temple se déchirèrent. C’est alors que Joseph d’Arimathie a ramassé le sang du Christ dans un calice, le Saint Graal. Indiana Jones et le Code Da Vinci y font référence. Ce Saint Graal est également au coeur des légendes du roi Arthur. Durant la Semaine sainte, on peut habituellement regarder tous les films hollywoodiens sur Jésus, de La passion du Christ en passant par Ben-Hur. Si ces faits et gestes ne vous disent rien, nous avons entre nous un fossé générationnel.

La fête du chocolat

Le Samedi saint, il ne se passe pas grand-chose, c’est la veillée pascale où on allume le Cierge pascal à l’église. Quand j’étais dans les scouts, nous avions fait un feu dans un petit bassin en métal pour allumer le Cierge pascal, on avait failli mettre le feu à l’église. On avait mis du petit bois sec avec de l’écorce de bouleau, je vous jure que le curé s’était dépêché d’allumer son cierge. Chaque fidèle allumait une chandelle dans l’église à partir du Cierge pascal, durant cette soirée.

J’imagine que tout le monde sait que le dimanche de Pâques, c’est le jour où Jésus est ressuscité d’entre les morts et que Saint-Thomas, pour s’assurer que c’était lui, a voulu mettre ses doigts dans les trous de clou dans ses mains.

Je me demande si la passion du Christ va finir par s’éteindre dans la mémoire collective. C’est une histoire qui se raconte seulement dans les lieux de culte ou chez ceux qui lisent la bible. Au rythme où vont les choses, l’histoire de Jésus va peut-être finir sur la même tablette que les mythologies grecques et romaines, aux côtés des légendes arthuriennes ou d’autres histoires légendaires comme Harry Potter, le Seigneur des anneaux, la Guerre des étoiles dans une époque où les jeunes diront : « c’est qui ça, Rocky ? ».

Pour de nombreuses personnes, la Semaine sainte a déjà disparu du radar et Pâques est un jour férié très apprécié, car le dernier était au Jour de l’an. Pâques, c’est la fête des brunchs et du chocolat, tout comme Noël est devenu la fête de la consommation et des cadeaux. Les temps changent, faut s’adapter.