Le directeur général du Cégep de l’Outaouais, Frédéric Poulin

Entraide 101

CHRONIQUE / On a beau prévoir les pires catastrophes et élaborer minutieusement les meilleurs plans d’action et d’intervention au monde pour venir rapidement en aide aux victimes, il suffit parfois d’un pur hasard pour que tout tombe en place et que tous soient sains et saufs.

Parlez-en au directeur général du Cégep de l’Outaouais, Frédéric Poulin. Une minute, il était chez lui avec les siens et s’apprêtait à préparer le souper. L’autre minute, il était de retour au cégep pour accueillir des centaines de sinistrés de la tornade dévastatrice de vendredi après-midi.

Comment M. Poulin a-t-il pu réagir si rapidement et promptement en ouvrant les portes de « son » cégep aux victimes du quartier dans les minutes qui ont suivi le passage de la tornade ? Comme je disais, le hasard fait parfois bien les choses…

« J’habite le secteur Mont-Bleu où la tornade a frappé, explique le directeur général du Cégep de l’Outaouais. Je suis à sept minutes à pied du cégep. J’étais à la maison (vendredi en fin d’après-midi), à la fenêtre de la cuisine.   Tout à coup, j’ai vu le cône (de la tornade) avec des débris qui virevoltaient dedans. J’ai donc dit à tout le monde dans la maison de descendre au sous-sol. Puis, j’ai vu ma remise qui s’en allait chez le voisin. Je suis vite allé rejoindre ma copine et les enfants au sous-sol où nous sommes restés pendant environ 45 secondes avant que je remonte pour m’assurer que tout était passé.

«On se serait cru dans un film en mettant le pied dehors, poursuit M. Poulin. C’était le calme plat, le paysage avait complètement changé puisque les arbres étaient tombés. Et, justement, parce que les arbres étaient tombés, j’ai pu apercevoir une épaisse fumée noire qui montait dans le ciel. Je ne savais pas à ce moment-là que l’incendie était à l’école secondaire Mont-Bleu. J’étais convaincu que c’était au cégep. Et nous, contrairement à l’école Mont-Bleu, avions toujours des cours à cette heure-là. Alors je me suis assuré que tout le monde chez moi soit correct, puis je suis parti à la course, à pied, pour le cégep. Je ne pouvais pas emprunter ma voiture, trop d’arbres jonchaient le sol.»

En arrivant au Cégep de l’Outaouais, M. Poulin a d’abord dépêché les employés du service de sécurité faire une inspection du campus et s’assurer qu’il n’y ait pas de blessés et de dommages à l’édifice. «Et lorsqu’on m’a confirmé que personne n’avait été blessé et que l’édifice était correct, reprend M. Poulin, j’ai demandé à Simon Desjardins (coordonnateur aux communications) de communiquer avec les médias et d’annoncer que le cégep pouvait accueillir n’importe qui, de venir s’abriter ici.

«De fil en aiguille, la Ville de Gatineau et la Croix-Rouge nous ont contactés, et c’est ici au cégep que nous avons accueilli les sinistrés jusqu’aux petites heures du matin. Nous avons pu compter sur approximativement 75 étudiants d’à peu près tous les programmes, notamment des programmes d’urgence (soins infirmiers, soins préhospitaliers d’urgence), qui se sont offerts et qui ont mis l’épaule à la roue. Certains de ces étudiants ont même couché et passé la fin de semaine ici au cégep. Ils ont accompli un travail remarquable.

«On a vécu ça humainement, comme tout le monde, dit-il. Je n’étais plus un DG de cégep, j’étais juste un résident du quartier devenu chef d’orchestre qui a eu la chance d’avoir des gens et des étudiants impliqués. Nous sommes devenus gestionnaires du site, en collaboration avec la Ville et la Croix-Rouge. Tout a été improvisé, mais tout s’est fait naturellement et chacun a joué le rôle qui lui revenait. Il s’agissait simplement de coordonner le tout. Personne n’a voulu tirer la couverture sur son bord. Nous étions tous là pour aider ces pauvres gens qui arrivaient avec des besoins criants et primaires.»

Et si le Cégep de l’Outaouais n’avait pas ouvert ses portes aux sinistrés du quartier vendredi soir ? Et si Frédéric Poulin n’habitait pas ce quartier et n’avait pas vu la tornade et la fumée noire dans le ciel ? Et si… ?

«Je crois que si le cégep avait fermé ses portes (avant l’arrivée de la tornade vers 17 h), il y aurait eu un problème, répond M. Poulin. Parce que nous étions débordés. La Croix-Rouge a dit que 700 sinistrés se sont inscrits (au cégep). Quelque 230 d’entre eux ont couché ici vendredi et samedi soir. Et 150 personnes ont été traitées dans la clinique médicale mise sur pied dans le cégep par les enseignants et les étudiants des programmes d’urgence (en collaboration avec des professionnels du CISSSO).»

Le directeur général du Cégep de l’Outaouais a aussi tenu à souligner le «travail exceptionnel» des employés de la conciergerie. «Ces gens ont pu remettre le cégep dans un état tel que lorsque je suis arrivé ce matin (lundi), c’était comme si rien ne s’était passé ici durant la fin de semaine. »

Alors que…