Patricia Rainville

En attendant le prochain baiser sur la joue

CHRONIQUE / C’était le 1er décembre 2014. Six ans plus tard, je me souviens encore de leurs regards illuminés, de leur désir qu’on les prenne dans nos bras, de leurs sourires. Cette journée-là, j’avais, avec ma collègue Laura Lévesque, accompagné les Clowns thérapeutiques de Saguenay lors de leur visite dans un CHSLD de Jonquière. Une visite qui reste, encore aujourd’hui, bien gravée dans ma mémoire.

Certains des aînés rencontrés ce jour-là n’avaient plus la chance de pouvoir se souvenir. L’âge avait fait son oeuvre pour plusieurs, chez qui la mémoire leur jouait de bien mauvais tours. Je me souviens avoir discuté avec un proche d’une résidente qui souffrait d’Alzheimer. « Elle ne se souvient plus de nous, mais lorsque les clowns arrivent, elle chante avec eux. Elle se rappelle de la musique et des paroles et ça fait du bien », nous avait dit la fille d’une résidente.

J’avais trouvé ça magnifique, mais aussi infiniment triste. Observatrices en retrait, nous avions regardé les clowns faire leur travail. Ils prenaient les résidents dans leurs bras, leur caressaient la joue, leur donnaient un réconfort inespéré pour certains d’entre eux, n’hésitaient pas à les embrasser, à les faire rire, danser et chanter. Parfois, ils ne faisaient que s’asseoir près d’eux, silencieux, mais présents. L’important, c’était de s’adapter aux besoins et au désir de chacun des résidents.

Les Clowns thérapeutiques ne peuvent plus remplir leur mission depuis plus d’un mois maintenant. Les contacts physiques et les visites sont interdits, pandémie et confinement obligent. Les clowns savent que c’est pour le bien des résidents et pour les protéger de ce mal invisible, qui ne doit pas pénétrer dans les résidences pour personnes âgées. On connaît déjà les ravages que cela peut faire lorsqu’il s’y infiltre.

Mais les humains qui se cachent derrière ces nez rouges souffrent, eux aussi, de cet éloignement.

En attendant la prochaine caresse sur la joue, ils s’adressent aux résidents et aux employés, grâce aux pages du journal. Parce que pour eux, les résidents et les employés ont un visage, un nom et une histoire.