Vox populi, vox dei

ÉDITORIAL / Un tsunami a frappé le Lac-Saint-Jean dimanche soir, emportant sur son passage les maires des plus importantes municipalités du territoire. À part à Alma, où Marc Asselin a été élu sans opposition, les villes et villages de Roberval, Saint-Félicien, Dolbeau-Mistassini, Saint-Bruno, Métabetchouan-Lac-à-la-Croix et Saint-Gédéon se sont tous donné de nouveaux visages à l’hôtel de ville. Même le seul préfet élu au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jean-Pierre Boivin, a mordu la poussière à la MRC de Maria-Chapdelaine, devant son adversaire Luc Simard.

Nul ne peut être insensible devant ces résultats, qui témoignent d’un rejet massif des administrations municipales en place. La population jeannoise a parlé fort dimanche ; elle a hurlé son mécontentement et sa soif de changement. Mais elle a aussi placé son devenir entre les mains d’une brochette d’élus qui devront apprendre rapidement les rudiments du métier de maire.

Il serait possible d’identifier des raisons pour chacune des municipalités ou un maire sortant a été remercié de ses services.

À Roberval, Guy Larouche a été fustigé publiquement par la presque totalité de ses conseillers. Plusieurs lui reprochaient d’être trop autoritaire, trop incisif, trop incendiaire. L’événement Naturallia 2017, qui a attiré plus de 500 personnes à Roberval au plus fort de la campagne électorale, n’a pas été suffisant pour calmer la grogne à son égard, et les citoyens ont finalement choisi Sabin Côté.

À Saint-Félicien, Luc Gibbons a lui aussi détrôné le maire en place, Gilles Potvin. Ce dernier s’est pourtant lancé dans la campagne avec un programme complet et un bilan difficilement contestable. Le projet des Serres Toundra est l’un des plus prometteurs ayant été réalisé dans la région. Mais plus le jour du scrutin approchait, plus le mécontentement populaire était perceptible à son endroit.

À Saint-Bruno, Réjean Bouchard a plié l’échine devant François Claveau, après près de 20 années au pouvoir. Ses positions changeantes dans le dossier du site d’enfouissement d’Hébertville-Station ont certes eu un effet sur le choix des électeurs.

L’analyse pourrait se poursuivre ainsi pour chacune des localités, mais ce qui s’est passé dimanche est un phénomène qui ne peut être attribué strictement à des motifs distincts. Dimanche, une majorité de Jeannois a réclamé un changement et les têtes ont roulé.
Vox populi, vox Dei ; la voix du peuple, la voix de Dieu.  

Le rôle d’Alma

L’entrée en scène de Josée Néron à Saguenay marque un point tournant pour la région, et espérons-le, le début d’une nouvelle dynamique avec les autres municipalités. Son prédécesseur, Jean Tremblay, ne s’en est jamais caché : il était contre toutes formes d’organismes de concertation. La disparition de la Conférence régionale des élus, remplacée par une Table des préfets inerte, a ainsi laissé un grand vide qui n’a jamais été comblé.

Pour les maires du Lac-Saint-Jean, l’heure des rapprochements est venue et il appartient à Alma d’exercer une plus grande influence sur l’échiquier politique. Le maire Marc Asselin jouit d’un mandat ferme. Personne n’a voulu l’affronter au terme d’une année faste où sa ville a accueilli les Jeux du Québec et a célébré son 150e anniversaire. En 2013, il l’avait emporté avec plus de 66 % des voix et rien ne permettait de croire en une chute de sa popularité.

Marc Asselin ne s’est toutefois jamais illustré tel un rassembleur. Il serait souhaitable que pour ce mandat, possiblement son dernier, le maire impose sa présence et qu’Alma redevienne la locomotive qu’elle a déjà été, moins centrée sur elle-même et davantage inspirante pour ses voisines du Saguenay comme du Haut-du-Lac.

Alma ne peut s’esquiver de ce devoir, surtout avec la brochette de nouveaux maires qui entreront en fonction ce matin, partout autour du Lac-Saint-Jean.