Vouloir davantage que les miettes

ÉDITORIAL / Le développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean repose sur une longue histoire marquée par le courage et le labeur de nos ancêtres, certes, mais aussi par l’innovation, la combativité et l’ingéniosité de ceux qui leur ont succédé. Maintes fois aurait-il été si simple de lancer la serviette devant l’adversité, mais la région a toujours préféré s’adapter, jusqu’à devenir une référence planétaire dans moult secteurs d’activités. Le mariage entre la grande industrie et l’environnement est l’un de ces domaines où nous excellons mieux que quiconque. Nos forêts sont exploitées avec rigueur et souci du développement durable, ce qui n’a pas toujours été le cas ; notre aluminium est aujourd’hui le plus vert au monde, malgré une forte opposition militante contre Alcan, à l’ère des cuves Söderberg. Oui, nos principales industries ont évolué au rythme de notre monde et en harmonie avec les valeurs qui le composent. Et c’est loin d’être fini.

C’est qu’au Québec, non seulement les gouvernements imposent-ils aux compagnies des règles strictes, mais le milieu est lui aussi aux aguets afin que les grands projets soient constamment bonifiés. Nous avons encore une fois été témoins de ce réflexe essentiel à notre devenir collectif, mardi, alors que le conseiller municipal de Saguenay, Jean-Marc Crevier, a lancé l’idée de valoriser la chaleur résiduelle de l’éventuelle usine de liquéfaction du gaz naturel Énergie Saguenay. Selon lui, cette chaleur permettrait d’alimenter d’autres entreprises susceptibles de s’installer au port de Grande-Anse.

Jean-Marc Crevier l’admet sans complexe : il s’y connaît très peu dans le domaine. C’est d’ailleurs une tierce personne, Roger Boivin, qui l’a invité à réfléchir sur la question.

Toutefois, l’ancien syndicaliste sait très bien qu’une petite étincelle peut donner naissance à un brasier, et c’est exactement ce qu’il tente de créer avec cette sortie publique. Il s’en trouvera toujours pour lui attribuer la fermeture de la succursale jonquiéroise de Walmart, à l’époque où il était coordonnateur de la FTQ. Mais réduire le parcours de Crevier à ce seul événement serait faire preuve de mauvaise foi. Ceux qui ont travaillé avec lui, lorsqu’il était leader syndical, reconnaissent son pragmatisme et son désir inépuisable de faire avancer la région.

Rien n’obligeait Jean-Marc Crevier à s’immiscer dans le dossier d’Énergie Saguenay, une filiale de GNL Québec. Surtout dans la mesure où la liquéfaction du gaz naturel ne fait toujours pas l’unanimité dans la population. Or, le conseiller a pris la parole parce qu’il voit une occasion de maximiser le bénéfice d’un projet ; parce qu’il refuse de n’amasser que les miettes puis se taire.

Pour GNL Québec, cette démarche ne peut être ignorée. Elle doit être sérieusement étudiée. D’abord parce que son projet a tout avantage à être optimal, notamment sur le plan environnemental. Mais également, parce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean est en droit d’exiger que ses entreprises soient de véritables partenaires corporatifs ; qu’elles s’impliquent socialement et qu’elles partagent la valeur avec leur communauté d’adoption. Et idéalement, comme le souligne Jean-Marc Crevier, c’est dès le départ que les ententes doivent être élaborées et ratifiées.

Tout cela est embryonnaire, direz-vous avec raison. Nul ne peut même chiffrer la quantité de chaleur résiduelle qui se dégagera des opérations de l’usine saguenéenne, si celle-ci voit le jour. Mais il est inspirant de constater que certains représentants de notre communauté veillent au grain et tentent d’obtenir, en amont, le plus possible en échange d’un accueil digne de notre hospitalité proverbiale.