Voir à nos déficits

ÉDITORIAL / Est-ce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean va se laisser, encore une fois, obnubiler par l’espoir d’investissements majeurs dans les alumineries d’Arvida et d’Alma ? Même si, effectivement, il est doux aux oreilles des Jeannois et des Saguenéens d’entendre que les plus beaux projets de développement de la multinationale Rio Tinto, en matière d’aluminium, se trouvent chez nous, il ne faut pas fermer les yeux sur des problèmes fondamentaux.

Évacuer les déficits démographique et démocratique dans l’éventualité où Rio Tinto irait de l’avant constituerait une erreur, surtout que dans les deux cas, des démarches ont été sérieusement amorcées. Si la région en venait là, c’est-à-dire à se satisfaire d’une relance des grands projets, elle jouerait la version moderne de la Rome antique « Du pain et des jeux » ! Flattez le peuple, il baissera la garde ou mieux, version 2018, tenez-le repu et tout ira bien !

Initiatives

Au cours des derniers mois, certaines initiatives ont été mises de l’avant dans la région pour prendre de front deux situations urgentes : le déficit démographique et le déficit démocratique. Et rendons à César ce qui est à César, ce sont les élus péquistes de la région qui sont à l’origine de ces deux réflexions.

D’une part, les députés péquistes, Alexandre Cloutier (Lac-Saint-Jean), Sylvain Gaudreault (Jonquière) et Mireille Jean (Chicoutimi) ont invité les acteurs de la région à un rendez-vous sur la concertation cet hiver et, d’autre part, le premier a organisé un Colloque Action Économique, portant principalement sur la démographie.

Comme quoi les deux événements ne se voulaient pas partisans, même si à la fin pouvait embêter le gouvernement en place, ils ont regroupé des gens de toutes les factions. Par surcroît, l’invitée majeure d’Alexandre Cloutier n’était nulle autre que la ministre libérale, Dominique Anglade !

Mais c’est au fond qu’il faut davantage s’attarder pour juger des deux initiatives. Et en mesurant l’urgence , les observateurs ont constaté qu’il y allait des intérêts de la région. 

En ce qui a trait à la démographie, la grande fracture entre Québec (vers l’ouest) et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Gaspésie, la Côte-Nord et l’Abitibi est de plus en plus évidente. Ces « belles et riches » régions ressources n’arrivent plus à se renouveler, ce qui les menace directement et dangereusement.

À ceux qui se trouvent « ben de même », sachez qu’une baisse démographique c’est aussi moins d’argent pour nos hôpitaux, nos écoles, nos routes, autrement dit, un rapetissement inévitable de la région. Ça va donc prendre un virage à 180 degrés pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean puisse accueillir des immigrants. Dommage que nous ayons attendu d’avoir un besoin criant de main-d’œuvre pour s’en convaincre.

Il faut se souvenir du cri d’alarme de Robert Bouchard, de Béton préfabriqué du Lac qui s’est vidé le coeur devant la foule de 350 personnes réunies au Colloque Action économique, à Alma.

« On a investi 25 millions $ dans nos usines à l’extérieur. Mais on a investi 0 $ ici. Pourquoi ? Il n’y a pas de monde », a lancé sans détour l’homme d’affaires, dont l’entreprise possède des installations un peu partout dans le monde, notamment au Brésil et aux États-Unis.

Cercle trop restreint

L’autre événement de l’hiver est tout aussi important. La Table des préfets, de si bonne intention soit-elle, ne peut pas prétendre parler au nom de la région, comme l’ont fait la défunte Conférence régionale des élus (CRÉ) et l’ancien Conseil régional de concertation et de développement (CRCD). Le gouvernement, qui nous dirige à partir de Québec, doit entendre d’autres voix que celles des préfets. Même avec la meilleure foi du monde, comment peut-on leur reprocher de travailler pour leur paroisse ? 

D’ailleurs, dans une démarche de partage de pouvoir, ce sont eux qui ont le plus à perdre. En tout cas, Serge Simard, lui, ne s’est pas gêné pour dire qu’il y avait du bon là-dedans.

Et dire qu’il y a un sentiment de nostalgie quand on évoque l’époque où chaque région avait son sous-ministre !