Marc St-Hilaire

Valorisons nos PME

ÉDITORIAL / La pandémie et le confinement nous ont permis collectivement de revoir certains de nos repères et de faire le point sur de multiples pans de notre collectivité. Notamment, la situation économique de notre milieu, au lendemain de la crise, a été au coeur des préoccupations. Tous les scénarios pessimistes ont été exprimés : mise sur pause des grands projets en raison d’un éventuel ralentissement planétaire, fermetures massives de commerces, faillites d’entreprises, hausse fulgurante du taux de chômage… Mais force est de constater que tout n’est pas si sombre qu’anticipé il y a à peine un mois ou deux.

Non, à court terme, il n’y aura pas d’expansion dans l’une ou l’autre des usines de la multinationale Rio Tinto et non, la première pelletée de terre du projet de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec n’a pas encore été annoncée. Par contre, à défaut d’investissements de milliards de dollars, l’actualité des derniers jours nous a démontré, une fois de plus, que le tissu économique de la région est avant tout composé de nos PME locales, de leur ingéniosité et de leur appartenance à la région.

Elles sont une source de fierté et, s’il est une chose positive qui découlera de l’actuelle crise, c’est que nous avons le devoir de les valoriser davantage.

Aussi fut-il rafraîchissant de lire, dans notre édition de mercredi, sous la plume de la journaliste économique Myriam Gauthier, que l’entreprise baieriveraine Charl-Pol souhaite construire une usine sur la zone industrialo-portuaire de Grande-Anse. Ce type de projet est exactement ce dont nous avons besoin en ce moment, puisque non seulement permettra-t-il à Charl-Pol de poursuivre son ascension dans l’industrie de la fabrication de pièces maritimes, mais il profitera également à d’autres PME régionales qui souhaitent s’épanouir dans ce créneau.

De plus, comme le mentionnait le directeur général de Port de Saguenay, Carl Laberge, le contexte est tout à fait propice à ce genre d’initiative, laquelle peut être déployée rapidement, tout en ayant un effet de levier à long terme pour l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Avec la Stratégie nationale de construction navale, la pertinence d’une telle usine, avec un accès immédiat au fjord du Saguenay, ne fait aucun doute. Et c’est ce que recherchent les gouvernements afin de stimuler, sur-le-champ, la reprise des activités dans l’industrie de la construction.

On dit qu’un éléphant se mange une bouchée à la fois. Il en est de même pour le développement d’une région. Aussi enthousiasmant soit-il, s’il se concrétise, bien entendu, le projet de Charl-Pol ne suffira pas à remettre notre économie sur les rails. Il faut d’autres initiatives, d’autres occasions d’affaires. Il faut d’autres grands chantiers pour que tous, nous puissions avoir notre part du gâteau.

Jeudi, la Défense nationale a lancé les appels d’offres pour la construction des hangars qui devront accueillir 88 nouveaux chasseurs à Bagotville et à Cold Lake, un projet global de 500 millions $ qui créera 900 emplois. À cet immense chantier fédéral s’ajoute la construction d’une nouvelle zone d’alerte de 87 millions de dollars, une obligation pour Bagotville afin de répondre à sa mission au sein du NORAD.

Encore là, nos PME locales auront la chance de tirer leur épingle du jeu, tout en acquérant de nouvelles compétences.

Nous ne sommes encore qu’à l’orée du chemin ; 19 000 emplois ont été perdus dans la région depuis le début de la crise sanitaire. Or, nous savons maintenant qu’il y a autre chose que les Rio Tinto, BlackRock, Arianne Phosphate et GNL Québec pour modeler notre avenir. Si l’un de ces grands projets se matérialise un jour, nous applaudirons en choeur. Mais d’ici là, ne tarissons pas d’éloges envers nos PME, seules valeurs sûres de notre développement économique.