Vague caquiste ou effet Lisée?

ÉDITORIAL / Cela a été dit mille et une fois depuis le début de la campagne, mais aujourd’hui, à une semaine du scrutin, le constat est plus manifeste que jamais : aucun château fort n’est à l’abri de changer de pavillon. Les plus récents coups de sonde réalisés par la firme Mainstreet, le 21 septembre, dans les circonscriptions de Jonquière et de Lac-Saint-Jean, témoignent d’une volonté de changement indéniable, qui éclipse les allégeances historiques et qui risque de bouleverser l’échiquier politique régional.

La Coalition avenir Québec serait actuellement en avance dans l’une et l’autre des deux circonscriptions sondées. Certes, la marge qui sépare la formation de François Legault du Parti québécois est aussi mince qu’une peau de chagrin, mais elle demeure un indice que nul ne peut négliger chez les péquistes. Malgré la notoriété de Sylvain Gaudreault dans Jonquière et la campagne ininterrompue de William Fradette dans Lac-Saint-Jean, les équipes de bénévoles et le nombre impressionnant de militants qui s’activent derrière les deux candidats, malgré l’épisode de plagiat du caquiste Benoît Rochefort et la présence plutôt timide de son confrère Éric Girard dans Lac-Saint-Jean, la CAQ maintient la pression aux portes de ces deux forteresses que plusieurs jugeaient imprenables. Jusqu’ici, les péquistes ne craignaient rien sinon que le ciel ne leur tombe sur la tête. Et c’est exactement ce qui est en train de se produire.

Rien n’est terminé. Toutefois, alors que les coureurs s’approchent du fil d’arrivée, il est impossible de prédire la victoire à qui que ce soit. Une première depuis des années, voire des décennies. Et bien que l’hypothèse d’une vague caquiste soit sans doute à l’origine de cette situation, elle ne peut être l’unique explication. Ce qui nous amène à une réflexion fondamentale, qui circule de plus en plus dans certains milieux : dans quelle mesure Jean-François Lisée est-il responsable de l’essoufflement du PQ au Saguenay-Lac-Saint-Jean ?

Il est plausible de croire que les militants péquistes aient encore du mal à digérer sa victoire sur le Jeannois Alexandre Cloutier lors de la course à la chefferie d’octobre 2016. Lisée avait alors prouvé qu’il est prêt à tout pour atteindre ses objectifs, notamment en associant son principal rival au prédicateur Adil Charkaoui. Jamais Cloutier n’a été en mesure de freiner Jean-François Lisée après ce coup vicieux.

Jeudi soir dernier, c’est le même genre d’attaque que le chef du PQ a livré à Manon Massée de Québec solidaire, faisant fi des règles du débat de TVA, des thèmes imposés et des interventions du modérateur Pierre Bruneau. Serait-ce possible qu’il ait éveillé de mauvais souvenirs chez ceux et celles qui appuyaient sans réserve le député de Lac-Saint-Jean ?

Fort d’une solide expérience et d’une réputation de fin stratège, Jean-François Lisée ne fait rien pour rien. Ce n’est pas par erreur ni par naïveté qu’il a violé l’embargo imposé par l’équipe de Tout le monde en parle, afin de décocher une flèche à son adversaire de la CAQ en fin de semaine.

Se pourrait-il que des militants aient choisi de déserter le PQ tout simplement parce qu’ils sont incapables d’endosser son chef et les tactiques qu’il préconise ? La question se pose.

Pour les péquistes désabusés, il est plus naturel de se tourner vers la CAQ ou Québec solidaire que d’adhérer au Parti libéral, l’ennemi juré depuis la nuit des temps. Pour eux, cette élection-ci, deux solutions « de dépannage » existent : la CAQ qui est susceptible de devenir le prochain gouvernement et QS, qui s’engage à promouvoir, de toutes ses forces, l’option souverainiste. La tempête parfaite, quoi.

Avec la visite annoncée de François Legault au Saguenay-Lac-Saint-Jean cette semaine et une dernière offensive qui pourrait permettre à ses candidats de gagner encore quelques points, est-il permis de croire que les colonnes du temple péquiste s’effondreront le 1er octobre ? Ce scénario est maintenant plus que probable.