Une ville dans la ville

ÉDITORIAL / Quel que soit l’angle sous lequel la situation est analysée, un fait demeure : la rencontre entre la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, et les élus de l’arrondissement de Jonquière, à la fin novembre, est une gifle au visage de la mairesse Josée Néron. Une telle rencontre, sans la présence de celle qui a été choisie par les Saguenéens pour diriger la Ville, n’avait pas lieu d’être, quels que soient les motifs ou les intentions des parties concernées.

Cela dit, il y a lieu de se poser la question suivante : comment Jonquière est-elle devenue à ce point influente qu’elle donne l’impression d’être une ville dans la ville, même aux yeux des plus hautes instances gouvernementales ?

Une partie de la réponse réside sans doute dans la force de son conseil d’arrondissement qui, indéniablement, est celui qui s’est le plus illustré au cours de cette première année de l’ère Néron. Les conseillers jonquiérois ont non seulement réussi à faire valoir leurs idées, comme dans le dossier du centre multisport, mais ils ont aussi été en mesure de s’imposer lorsqu’ils étaient en désaccord avec les projets de la mairesse, par exemple celui de l’amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi. Tout ça impunément. Bref, Jonquière a contrôlé l’agenda politique à tous points de vue en 2018, et tout laisse croire qu’il en sera de même l’an prochain.

Aujourd’hui, la fusion semble se résumer à trois arrondissements qui opèrent, avant tout, en vase clos et dans leur intérêt respectif.

Un caillou dans le soulier

Et pendant ce temps, à Chicoutimi ? Difficile de dire comment se déroulent les plénières, mais une chose est certaine : le conseil d’arrondissement paraît beaucoup moins uni que celui de Jonquière. Le mélange d’indépendants et de membres de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) y est possiblement pour quelque chose.

Le 5 novembre 2017, la population de Saguenay a élu une mairesse qui leur a promis de faire maison nette à la Ville. Ils ont adhéré à son discours, aimé son assurance dans les débats et son calme devant les attaques répétées qui lui étaient adressées. Les Saguenéens ont voté pour Josée Néron, mais paradoxalement, ils ont rejeté son parti en n’élisant que trois autres porte-couleurs de cette formation. Ces derniers occupent trois des six sièges de l’arrondissement de Chicoutimi.

Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis le scrutin et, avec du recul, il y a lieu de se demander si l’ERD sert toujours les intérêts de la mairesse ou si, au contraire, ce parti est devenu pour elle un boulet.

Oui, Josée Néron est la mairesse de Saguenay, mais elle est également chef d’un parti minoritaire à l’hôtel de ville. Elle et ses trois acolytes doivent constamment jouer un double rôle : s’acquitter de leur devoir de gouvernance et défendre le programme de l’ERD. Contrairement à leurs collègues indépendants, ils doivent être fidèles à une ligne, ce qui limite leur champ d’action.

Également, le fait d’être associés à un parti les isole à maints égards. Lorsque la mairesse a dévoilé son projet d’amphithéâtre devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay — Le Fjord, au mois d’août, aucun des 12 conseillers indépendants de la Ville n’a daigné assister à la présentation. Ni ceux de Jonquière ni ceux de La Baie, mais surtout, aucun de Chicoutimi, là où le projet doit prendre forme.

L’ERD a permis à Josée Néron de tenir tête à l’ex-maire Jean Tremblay pendant quatre longues années. Son parti lui a permis de rester forte dans un environnement hostile. Or, les temps ont changé. La population de Saguenay a clairement tourné le dos aux partis politiques qui, dans le contexte actuel, servent davantage à diviser et à semer la confusion.

Une confusion telle que même des ministres ont du mal à savoir qui mène réellement la Ville : la mairesse minoritaire ou les conseillers indépendants.