La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade

Une stratégie bien emballée

ÉDITORIAL / Il y a longtemps que plusieurs, dont ce journal, demandent au gouvernement provincial de se pencher plus sérieusement sur l’impact que les technologies numériques ont sur notre société, notre économie, notre gouvernance, etc.

La Stratégie numérique que vient de dévoiler le premier ministre Philippe Couillard et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, est une première réponse à ces attentes. Elle ne satisfait pas tous les espoirs placés dans ce projet, mais elle constitue néanmoins un effort sérieux et ambitieux de donner au Québec de meilleurs outils pour tirer son épingle du jeu. 

De toutes les provinces, le gouvernement québécois est jusqu’ici celui qui a manifesté le plus de volonté de s’attaquer au problème que pose, notamment, le commerce en ligne. Ottawa se traîne les pieds dans ce dossier, quand il ne se ferme pas tout simplement les yeux. 

L’exercice souffre cependant de l’imminence du rendez-vous électoral. La stratégie est mieux emballée de slogans qu’elle est emballante pour ses mesures concrètes. 

Québec entend y consacrer des ressources considérables : 1,5 milliard $ sur cinq ans, mais il est difficile d’obtenir le tableau détaillé de ces investissements. Le document est riche en «principes» et en «orientations», mais il nous laisse un peu sur notre appétit quant aux actions qui seront prises pour réaliser ce «projet de société permettant d’améliorer, par le numérique, la qualité de vie de toutes les Québécoises et de tous les Québécois». 

Cela permettra sûrement au Parti libéral d’en tirer de beaux slogans électoraux, mais ça ne nous empêche pas de reconnaître que les auteurs ont fait un effort considérable pour que la stratégie couvre un large spectre, incluant les besoins de formation, d’infrastructures, les questions de gouvernance, de diffusion et production de la culture. 

L’annonce de cette semaine n’offre pas de solution magique à tous les défis qui se posent dans chacun de ces secteurs, mais elle nous offre quand même de meilleurs leviers, de meilleurs indicateurs, par lesquels nous pouvons nous y attaquer et demander des comptes à ce gouvernement et à celui qui le suivra. C’est un pas significatif qui compense les défauts et les lacunes qui sont inévitables dans un exercice aussi ambitieux. 

Il serait tout de même exagéré d’appeler cette stratégie un «virage». Le gouvernement ne change pas vraiment de direction ni de politique, la stratégie regroupe des initiatives qui étaient déjà en marche et elle inclut aussi des actions que le gouvernement aurait dû poser tôt ou tard, ou qu’il aurait déjà dû poser, autant en santé qu’en matière d’infrastructures, par exemple. 

Là où on pourrait véritablement parler de virage, c’est si l’appareil gouvernemental manifeste la volonté, et la capacité, de s’ouvrir à de nouvelles façons de gérer, d’élaborer ses politiques, de rendre des comptes, de faire une réflexion en profondeur sur sa gestion de l’information, et qui sait, peut-être même la propriété des infrastructures de télécommunications. Le numérique est l’électricité du XXIe siècle, après tout. 

La création d’un Conseil du numérique, qui réunira experts, élus et gestionnaires, pourrait par ailleurs se révéler une mesure déterminante. Il était temps que le gouvernement se dote d’une voix, et d’une oreille, permettant au pouvoir et à l’expertise de se parler.