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Daniel Côté
Le Quotidien
Daniel Côté

Une société distincte

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ÉDITORIAL / Ce qui ne représentait qu’une intuition est désormais confirmé, grâce au sondage de la firme Navigator réalisé à la demande des Coops de l’information. Notre région constitue une société distincte et à l’ère de la COVID, ça influe positivement sur le moral des gens. Parce que nous vivons loin des grands centres, nous composons mieux avec cette situation qui s’éternise.

Une question toute simple a permis d’en juger. On a demandé aux répondants comment ils se sentaient à l’heure actuelle, avant de regrouper ceux qui ont coché les cases Plutôt mal et Très mal, tandis que l’autre camp était formé des Québécois pour qui ça va Plutôt bien et Très bien. À l’échelle de la province, ce dernier domine par une marge substantielle, soit 86 % contre 14 %. Sur le territoire, par contre, on note des variations significatives.

C’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que la population a livré l’autoévaluation la plus positive, les rangs des Je me sens bien atteignant une proportion de 92 %. La Mauricie a suivi de près à 90 %, comparativement à 89 % pour l’Estrie. À l’opposé, Montréal et Québec ont plafonné à 85 %, tandis que l’Outaouais a fermé la marche avec un score de 84 %, ce qui n’est pas étonnant si on tient compte de la proximité d’Ottawa.

Même en appliquant une marge d’erreur de 3 à 4,9 %, comme le suggèrent les auteurs du sondage, ça donne matière à réflexion, surtout si on ajoute le pourcentage des gens qui se sentent moins bien que pendant la première vague. Chez nous, il se situe à 35 %, puis ça monte graduellement jusqu’au sommet de 46 % atteint à Montréal. Ces chiffres sont d’autant plus révélateurs qu’à la fin de 2020, le Saguenay–Lac-Saint-Jean a été éprouvé.

Rappelons que notre région était la plus contaminée au Canada, qu’Alma et le Haut-du-Lac ont traversé une zone de turbulence faisant craindre le pire. Or, même cet épisode douloureux n’a pas altéré notre perception de la pandémie. Comme tout le monde, nous sommes tannés. Certains sont déstabilisés, mais moins qu’ailleurs, ce qui laisse supposer que des facteurs jouent en notre faveur.

Malgré notre chauvinisme légendaire, il faut admettre - à regret - que ce ne sont pas nos fortes individualités qui nous protègent mieux de la déprime. Si nous avions l’infortune de résider à Montréal, nous ferions moins bonne figure parce que notre principal atout face à la crise, c’est notre mode de vie. Il colle à l’esprit du temps, mais il aura fallu ce cataclysme planétaire pour que nous en prenions conscience.

Une enquête sociologique permettrait d’en saisir les nuances, ce qui ne serait pas de l’argent gaspillé, en passant. Pour l’heure, constatons que nos communautés sont tout, sauf étouffantes. Il y a de l’espace pour s’aérer l’esprit et si on préfère la grande nature, l’accès est simple, pour peu qu’on soit motorisé. Le temps que d’autres passent sur les ponts, nous sommes libres de l’investir sur nous-mêmes.

Certes, le rythme de la vie est moins trépidant, mais lui aussi correspond à un désir de plus en plus affirmé, toutes générations confondues. La course du rat dans sa petite cage, même dorée, plusieurs commencent à en revenir. C’est d’ailleurs, à peu de choses près, le constat qu’a dressé Bernard Vachon, professeur retraité du Département de géographie de l’UQAM, dans un texte publié par Le Devoir au début de ce mois.

«Aujourd’hui, des milliers de Québécois sont à la recherche d’un mode de vie plus sain, plus proche de la nature, plus solidaire. L’espace, les paysages naturels, les forêts, l’air pur et la quiétude, voire le silence - autant d’éléments qui ont disparu dans les métropoles -, mais aussi la proximité et le lien social qui sont le propre des petites communautés, sont perçus comme garants de la qualité de vie recherchée», a énoncé ce spécialiste en aménagement et développement local et régional.

Tout bien résumé, il est là, notre produit d’appel, et pas juste pour le tourisme.