Marc St-Hilaire
Le Quotidien
Marc St-Hilaire

Une région grise

ÉDITORIAL / Rien n’est tout noir ni tout blanc. Cette citation de Philippe Claudel s’applique parfaitement au débat sur le projet de loi 50, qui concerne le renouvellement des droits hydrauliques de Produits forestiers Résolu (PFR) sur la rivière Shipshaw.

Le bail, qui permettrait à la compagnie d’exploiter sa centrale Jim-Gray pour les dix prochaines années en échange d’investissements d’au moins 100 millions de dollars dans ses installations, a fait l’objet de consultations publiques cette semaine, à Québec, dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale.

Plusieurs représentants du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont ainsi défilé au Parlement, et chacun y est allé de ses commentaires quant à l’éventuelle entente entre la multinationale et l’État. Et comme c’est toujours le cas dans ce genre d’exercice, il est difficile d’arriver à une conclusion qui saura satisfaire l’ensemble des intervenants. Nous nous retrouvons donc devant un cadavre exquis qui met en relief, encore une fois, notre incapacité à parler d’une seule et même voix.

À terme, le projet de loi 50 devrait être adopté sans trop de modifications, malgré les divergences d’opinions. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, s’est d’ailleurs avancé subtilement en insistant sur le danger de mettre en péril la multinationale.

PFR pourra donc, vraisemblablement, continuer d’alimenter en énergie ses usines de Kénogami et d’Alma, sans se soumettre à un plancher d’emplois ou à d’autres contraintes qui lui paraissent inacceptables.

Cela dit, lorsqu’on analyse les représentations de cette semaine, il y a lieu de se questionner sur l’absence d’une instance locale où nous aurions pu, tous ensemble, élaborer une position commune dans l’intérêt supérieur du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, n’a pas tort lorsqu’il réclame la totale en échange de nos ressources naturelles : plancher d’emplois, investissements majorés et garantie de pérennité pour toutes les installations de Résolu dans la région. Bien au contraire ! Combien de fois a-t-on critiqué Québec pour avoir cédé nos richesses sans exiger le juste prix en retour ? La mairesse de Saguenay, Josée Néron, s’inscrit elle aussi dans ce courant de pensée alors qu’elle demande, entre autres choses, que la durée du futur bail soit revue la baisse.

Parallèlement, comment peut-on reprocher au préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, Gérald Savard, et à la mairesse de Saint-David-de-Falardeau, Catherine Morrissette, de défendre sans réserve les intérêts de la compagnie ? Les redevances qu’ils reçoivent grâce à la présence de Résolu sur leur territoire sont cruciales et, comme on dit, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Le conseiller municipal Jean-Marc Crevier a lui aussi ajouté son grain de sel en invitant tout ce beau monde à laisser faire les détails entourant le bail de la rivière Shipshaw et à concentrer leurs efforts pour accompagner PFR dans le développement de nouveaux créneaux porteurs d’avenir, par exemple dans son projet de fibre cellulosique, dont la production aura lieu à l’usine de Kénogami. Encore là, comment être en désaccord ?

La vérité se trouve sans doute quelque part au milieu de toutes ces perspectives. Et le véritable problème est que, faute d’avoir un lieu commun pour réfléchir ensemble, nos intervenants régionaux partent à la guerre en solitaire et tirent dans toutes les directions.

Plus que jamais, il est temps de se doter d’une table de concertation pour mettre à profit nos idées et argumenter des positions régionales fortes. Parce que présentement, comme ce fut le cas cette semaine dans le dossier des droits hydrauliques de PFR, tout ce que nous projetons est l’image d’une région décousue qui ne sait pas ce qu’elle veut. Une région qui n’est ni noire ni blanche ; une région affreusement grise.