Une preuve de maturité

À l'ère de l'instantanéité, du commentaire de 140 caractères et des opinions émises plus vite que leur ombre, la région a fait preuve de maturité, la semaine dernière, à la suite de la sortie du président du Zoo de Saint-Félicien. Il y aurait eu là matière à gaspiller de la salive bien inutilement.Dans une entrevue accordée au journaliste du Quotidien Louis Potvin, le président du site, Réjean Lavoie, a déclaré que le zoo souhaitait revoir son marketing, en agissant différemment de l'Association touristique régionale (ATR). Le texte en question, bien que nuancé, pouvait laisser croire qu'il opposait le Saguenay au Lac, matière explosive pour une région qui tire souvent sur son bout de couverture.
Calme
Heureusement, le feu a été rapidement éteint. La première institution à cadrer le débat, et qui aurait pu percevoir une attaque contre elle, a été l'ATR. Loin d'être offusquée, celle-ci, par la voix de son porte-parole, Maxime Saint-Laurent, a vite calmé le jeu. Ce dernier a expliqué que l'organisme régional, chargé de la promotion et du développement touristique, a pour mission de vendre une destination et non des attraits.
Sa première réaction a été sage parce que les précisions venues par la suite ont clairement démontré que le zoo n'entretient aucune amertume, ni déception, face à l'ATR. Le concept de destination n'est pas remis en question. La stratégie du zoo provient de l'état des choses : l'achalandage a chuté dans plusieurs régions du Québec, il y a encore beaucoup de Québécois qui méconnaissent le secteur et ses avantages (le Lac) et la présence d'un centre d'observation de la faune et d'interprétation de l'agriculture, à Saint-David-de-Falardeau. Ce dernier a été créé comme refuge pour animaux en détresse, mais a pris des allures de zoo en peu de temps, sans les mêmes exigences et obligations que Saint-Félicien. Il faut aussi le dire, les deux ne se comparent pas.
Dans les propos du président Lavoie, il faut voir que le zoo veut demeurer l'attraction première de la région en élargissant son offre. Comme l'a dit la directrice générale, Lauraine Gagnon, «l'ATR vend une région, nous des billets». Saint-Félicien, avec ses voisins, veut séduire une nouvelle clientèle qui cherche une expérience, terme souvent traduit par un «must» ou un «wow».
Toujours convaincu de la qualité de son produit et de la justesse de ses décisions, le zoo sait aussi qu'il évolue dans un contexte de perpétuel renouvellement. La direction ne cache pas qu'elle réfléchit à des projets qui pourraient être annoncés bientôt. Ours polaires, macaques japonais, nouveaux trains dans les Sentiers de la nature et l'aire de la Mongolie constituent autant de nouveautés qui ont été apportées au cours des dernières années, en plus de l'amélioration de l'ensemble des installations.
Le zoo veut capitaliser sur les forces du secteur pour attirer les visiteurs. Véloroute des bleuets, hébergement amélioré, campings de luxe, route de l'agroalimentaire, paysages, pêche, etc. Tout pour séduire le marché. Le zoo regarde comment les partenaires du milieu peuvent s'inscrire dans l'accueil de congrès, dans des créneaux à portée de mains.
Destination
La région a pris un virage avisé en se vendant comme une destination globale où une multitude de sensations s'y trouvent. Pour un organisme régional, il serait réducteur de mettre trop d'emphase sur un seul attrait. Le zoo s'érige en locomotive, certes, mais le tourisme se raffine et le touriste a l'embarras du choix, ayant toute la planète à ses pieds. Tous les sens, du goûter à la vue, doivent faire partie d'une vraie destination. Les préjugés ont la vie dure, particulièrement dans les grands centres, où les néo-Québécois regardent soit vers le sud soit outre-mer. Il faut leur faire savoir qu'il y a une expérience à vivre au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
L'épisode de la semaine dernière démontre que les liens entre le Lac et le Saguenay ont pris du mieux. Dans un passé pas très lointain, il aurait été facile de trouver un élu pour mettre de l'huile sur le feu, avant même que les propos soient éclaircis. Il y a quelque chose de rassurant dans cette conclusion, porteur pour l'avenir de la région.