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Marc St-Hilaire
Le Quotidien
Marc St-Hilaire

Une occasion manquée

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ÉDITORIAL / L’une des responsabilités d’une administration municipale est de favoriser l’épanouissement de ses citoyens, qu’il s’agisse d’individus ou de personnes morales. Bien que cette règle ne supplante pas celle d’une gestion responsable, elle doit faire partie de l’équation lorsque vient le temps d’allouer un contrat majeur. Surtout lorsqu’il est question d’un appel d’offres essentiellement subjectif.

C’est ce qui se passe en ce moment dans le dossier du futur centre multisport de Jonquière, alors que le mandat d’entrepreneur général a été accordé à Honco, une compagnie qui a pignon sur rue à Lévis. L’entreprise a raflé la mise malgré une soumission de 2,1 millions de dollars supérieure à celle déposée par la firme régionale Cegerco. Notons toutefois que le critère financier ne représentait que 5 % de l’évaluation globale des candidatures.

Dans notre édition de vendredi, le vice-président et directeur général de Cegerco, Jean-François Coudé, déchirait sa chemise sur la place publique en évoquant, notamment, la promotion de l’achat local et les compétences reconnues de son organisation. Il vantait également les mérites des PME avec qui sa firme s’est associée pour monter le dossier.

Du côté de Saguenay, la mairesse Josée Néron a quant à elle défendu sa décision en soulignant la qualité supérieure du projet présenté par Honco et l’expertise de cette entreprise, qui a déjà piloté la construction d’une quinzaine de stades de soccer à travers le monde. Notre journaliste Denis Villeneuve ajoutait dans son article que Cegerco et ses alliés auraient mal compris le concept du concours, qui accordait une grande place à la créativité des soumissionnaires. C'est ce qui leur aurait été mentionné. 

Dans un projet clé en main, axé sur la créativité et l’originalité, ne tenant à peu près pas compte des coûts, comment l’entreprise saguenéenne pouvait-elle rivaliser avec une autre qui, en raison de son expertise, a su mettre en relief de menus détails qui feraient toute la différence ? Dans un appel d’offres aussi subjectif, la vérité est que le groupe dirigé par Cegerco n’avait aucune chance, dès le départ.

L’administration municipale a loupé une chance en or de permettre à l’un de ses citoyens corporatifs d’agir comme chef d’orchestre de ce chantier de quelque 25 millions de dollars et de développer de nouvelles compétences distinctives. Cegerco aurait ainsi pu réduire le fossé qui la sépare d’autres firmes, comme Honco, qui se spécialisent dans ce créneau, en prévision d’autres appels d’offres qui seront affichés au Québec dans les prochaines années.

Certes, le centre multisport de Jonquière aura fière allure. Mais en aurait-il été autrement si Cegerco l’avait emporté ? Se serait-il écroulé ? Nous aurait-il fait honte ?

Bien sûr, nos entreprises locales ne perdent pas tout. Il serait étonnant – et peu rentable - que l’équipe de Honco fasse appel à des électriciens ou à des plombiers de l’extérieur pour effectuer les travaux. Mais là où nous perdons collectivement, c’est qu’à terme, la photo de cette bâtisse de 25 millions bonifiera le porte-folio d’une compagnie de l’extérieur et non celui d’un fleuron régional, qui paie ses taxes ici et qui contribue au dynamisme de Saguenay.

En pleine année électorale, il y a fort à parier que le sujet reviendra hanter la mairesse Josée Néron, qui n’aura pour arguments que des devis et autres croquis pour justifier le processus d’analyse qu’elle a endossé. Pourquoi n’a-t-on pas valorisé la règle du plus bas soumissionnaire conforme ? Pourquoi a-t-on privilégié des critères qualitatifs, qui avantageaient clairement des fournisseurs experts en « soccerdôme » ?

Alors que le concept d’achat local est appliqué à toutes les sauces et que le Saguenay-Lac-Saint-Jean doit lutter de toutes ses forces pour conserver sa place sur l’échiquier, un effort protectionniste était de mise dans ce dossier, dans le respect des règles bien entendu.

Malheureusement, cette sensibilité politique a une fois de plus fait défaut et le résultat, quoique frustrant à maints égards, est désormais irréversible.