Une longue année d’affrontements

ÉDITORIAL / À moins d’un revirement spectaculaire, l’année 2020 sera marquée par l’affrontement à l’hôtel de ville de Saguenay. Une guerre politique dont le véritable perdant risque fort d’être, une fois de plus, le simple citoyen.

Ce n’est plus un secret pour quiconque, les élus indépendants de Saguenay, majoritaires au conseil de ville, ont choisi d’en finir avec Josée Néron et son parti, l’Équipe du renouveau démocratique (ERD). En rejetant unanimement le budget présenté cette semaine par le conseiller Michel Potvin, président du comité des finances, les indépendants ont lancé la première bombe.

Moins de 24 heures plus tard, le conseiller Potvin ripostait en annonçant sa volonté de réduire de 10 000 $ le salaire des élus, lequel a été majoré de 20 000 $ au début du mandat, ce qui a engendré une immense controverse. Cette coupe fera l’objet d’un vote au conseil de ville, certes, mais il est peu probable qu’elle soit refusée dans la mesure où, pour défaire le budget, les indépendants ont exigé un plan de redressement financier.

Qu’on se le dise, ce n’est pas 150 000 $ d’économies qui remettront Saguenay sur les rails cette année. Michel Potvin ne fait qu’appliquer la Loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Et sans doute, ce n’est qu’un début...

Le grand argentier de la ville, comme la mairesse Josée Néron, voit en ce rejet du budget un affront inqualifiable ; une gifle dont la marque n’est pas sur le point de disparaitre. Pendant des mois, dit-il, il a travaillé sur ce document en discutant avec ses pairs ; en tentant de rapprocher les indépendants et les membres de l’ERD, dans l’intérêt supérieur de Saguenay. Il affirme avoir travaillé de bonne foi et même, d’avoir tissé des liens de confiance avec certains élus. Mercredi matin, ses illusions se sont volatilisées lorsqu’il a appris, par le biais du Quotidien, que les 11 conseillers indépendants étaient réunis dans le sous-sol d’un restaurant plutôt que de participer à une plénière d’information sur le budget. Deux heures plus tard, ces derniers votaient tous contre l’exercice budgétaire, même si à peine trois conseillers indépendants, soit Julie Dufour, Kevin Armstrong et Simon-Olivier Côté, avaient pris la peine de consulter le document dans les jours précédents.

Ça changerait quoi ?

C’est simple, les conseillers indépendants ne souhaitent qu’une chose en réalité : que Josée Néron renonce à son statut de chef de l’ERD. Ils l’ont prouvé encore vendredi, lors d’une assemblée extraordinaire qui avait lieu sur l’heure du midi, en lui lançant un ultimatum : choisir entre sa fonction de mairesse et celle de chef de sa formation politique.

Premièrement, il y a lieu de se demander dans quelle mesure Josée Néron serait plus apte à s’acquitter de son mandat sous la bannière indépendante. En quoi serait-elle meilleure ? En quoi son leadership serait-il plus manifeste ? En quoi deviendrait-elle plus crédible ? Mais surtout, en quoi l’administration municipale serait-elle plus efficace ?

Deuxièmement, faut-il rappeler que la population de Saguenay a élu la mairesse dans une proportion de 49,4 % en 2017 ? Les électeurs ont voté pour elle en pleine connaissance de cause, conscients qu’elle dirigeait un parti et qu’elle était liée à un programme. Quelle urgence impose que la mairesse renonce à ce qu’elle a prôné en campagne ? Ne risque-t-elle pas de s’afficher tel un vire-capot, ce qui n’est pas rentable politiquement ?

La pertinence des partis politiques à Saguenay sera débattue bien assez tôt, lors de la prochaine élection, en 2021. Ce sera alors à la population de statuer sur le sujet ; de dire si, oui ou non, il est possible de gouverner et être chef d’une formation politique simultanément.

En attendant, il serait beaucoup plus sage pour les élus, toutes confessions confondues, de travailler en fonction des paramètres actuels et de faire ce pour quoi ils sont payés : gérer les deniers publics de façon responsable en tenant compte de la nécessité, pour Saguenay, de se développer au rythme des autres grandes villes du Québec.