Une grande victoire régionale

ÉDITORIAL / L’annonce de mardi n’est pas seulement la victoire de l’UQAC, mais également celle de toute la région, qui voit le gouvernement appuyer concrètement une éducation supérieure de qualité au-delà des grands centres urbains. Québec a entendu le cri du cœur de la rectrice Nicole Bouchard qui, contrairement à ses prédécesseurs, a su prendre le bâton du pèlerin et dénoncer haut et fort, sur la place publique, le sous-financement de son université et de toutes celles qui opèrent en région.

Il y a longtemps que nous n’avions pas vu une telle sortie de la part de la tête dirigeante de l’UQAC. Dès qu’elle a pris connaissance de l’ampleur des coupes qui étaient prévues pour son établissement, elle n’a ni tenté de calmer le jeu ni élaboré un nouveau plan de restrictions budgétaires. Elle a spontanément convié les médias, elle s’est emparé du micro et a agi en leader, dans le meilleur intérêt de son institution. Elle a fait honneur à son rang et aux responsabilités régionales qui lui reviennent, des responsabilités qui dépassent largement les frontières du campus : « On ne perdra pas cette bataille. On ne reculera pas. »

Nicole Bouchard a été la première voix à se faire entendre dans le réseau de l’UQ. C’était à la fin novembre et, moins d’un mois plus tard, le nouveau gouvernement du Québec vient de corriger le tir et d’annoncer une aide de 7,5 millions de dollars pour l’ensemble des universités de région, dont 2,1 millions à l’UQAC qui dessert le Saguenay-Lac-Saint-Jean ainsi que le territoire de la Côte-Nord.

En se dressant contre l’autorité ministérielle plutôt qu’en pliant l’échine, la rectrice a réussi à mobiliser la région derrière son université et s’est ainsi fait entendre jusqu’à l’Assemblée nationale.

Une bataille, mais pas la guerre

Il fait bon voir l’UQAC s’exprimer ainsi hors de ses murs ; de la voir mener publiquement un combat pour son avenir et pour le maintien des acquis au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Car, n’en déplaise aux plus joviaux, la lutte est loin d’être terminée. À l’externe comme à l’interne.

La direction de l’UQAC sait pertinemment qu’elle obtiendra chacun de ses gains au prix d’efforts considérables et de représentations soutenues. Parce que rien n’est jamais gagné d’avance dans un endroit comme Saguenay, dans un contexte où les gouvernements se succèdent avec leurs priorités respectives et leurs perceptions inégales des enjeux régionaux.

Aussi serait-il souhaitable que cette reconnaissance de Québec quant aux besoins exprimés par la rectrice marque le début d’une nouvelle ère, où l’UQAC rayonnera davantage tel un acteur de changement dans son milieu.

Il y a également lieu d’espérer qu’à l’interne, la position sans équivoque de la rectrice contribue à rallier définitivement la communauté universitaire et à panser certaines plaies. Car les déchirements des dernières années, qui ont mené au départ de Martin Gauthier, ont laissé des cicatrices encore sensibles. Et dans les couloirs de l’UQAC, l’écho de ces affrontements abondamment médiatisés résonne encore parfois.

Pourtant, l’heure n’est plus aux guerres fratricides, mais à l’évolution de l’UQAC comme institution vivante, qui suit le rythme de sa société. L’établissement doit et devra toujours se réinventer en fonction de nouveaux créneaux. L’annonce récente du Centre de santé durable, l’avènement des technologies numériques et la notoriété sans cesse grandissante de la Chaire en écoconseil en sont des preuves éloquentes.

Il est rassurant de constater que la rectrice Nicole Bouchard sait brandir les armes afin de protéger l’université et l’accès au savoir dans la région.

Rassurant et inspirant, vous ne trouvez pas ?