Le président du Conseil de l’industrie forestière du Québec et ancien ministre fédéral, Denis Lebel, rappelle que la Terre est désormais un « village global » et qu’il faut s’adapter à cette réalité.

Une fierté à reconstruire

L’industrie forestière est en mission : elle souhaite rétablir son image après des décennies de signaux négatifs, de crises répétées et de campagnes mensongères — et extrêmement dommageables — de la part de groupes environnementalistes aux intérêts douteux. Aujourd’hui, tant les scieries que les usines ont du mal à attirer la main-d’œuvre nécessaire à leurs opérations. En forêt, la problématique est encore plus criante, comme si toute une génération avait tourné le dos à ce grand pilier de l’économie québécoise.

Pour l’industrie, les solutions potentielles sont limitées, mais celle qui semble la plus réaliste, du moins à court terme, est d’intégrer davantage de main-d’œuvre étrangère et autochtone dans les opérations. Plus de femmes également. 

En entrevue éditoriale, le président du Conseil de l’industrie forestière du Québec et ancien ministre fédéral, Denis Lebel, aborde la question en rappelant avec justesse que la Terre est désormais un « village global » et qu’il faut s’adapter à cette réalité. Nous ne sommes plus à l’époque des bûcherons, qui n’avaient d’autre choix que de quitter leur famille pour suer sang et eau sur les chantiers. 

Les jeunes de notre ère sont généralement plus instruits, et leurs options n’ont plus de frontières. Surtout en cette période où le phénomène de pénurie de main-d’œuvre frappe de multiples secteurs d’activités. Dans ces circonstances, faut-il être surpris lorsqu’ils choisissent de faire carrière dans des secteurs d’activité qu’ils estiment moins éreintants ? 

L’industrie forestière offre pourtant son lot d’emplois de qualité, bien rémunérés dans la plupart des cas. Elle s’inscrit également dans une logique de développement durable de plus en plus tangible, tel qu’en font foi les politiques adoptées par les différentes entreprises qui la composent (réduction notable des émissions de GES, réutilisation du bois, aménagement forestier, etc.). 

Or, il faudra davantage qu’une campagne de promotion d’envergure et des salaires alléchants pour regagner le chemin perdu et redonner aux Québécois un sentiment de fierté à l’égard de leur industrie forestière. 

Détresse et désinformation

Il y a plusieurs explications à la situation actuelle. 

D’abord, il y a le message de détresse martelé ad nauseam par les entreprises, pendant des années. Celles-ci n’ont cessé de mettre à l’avant-plan leurs difficultés plutôt que leurs réussites, leur vision et leurs promesses d’avenir. 

Il y a aussi L’erreur boréale, un documentaire signé par Richard Desjardins et Robert Monderie, qui a marqué au fer rouge les entreprises dans l’imaginaire de plusieurs, notamment ceux qui peinent à faire la différence entre déforestation et récolte durable. Près de vingt années se sont écoulées depuis sa première diffusion, en 1999, mais l’écho de cette œuvre militante résonne encore aujourd’hui. 

Ouverture

La démarche de sensibilisation amorcée par le Conseil de l’industrie forestière du Québec et ses partenaires, dont fait partie l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), est nécessaire et susceptible de porter fruit. 

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres et c’est pourquoi une plus grande ouverture aux travailleurs étrangers, aux Autochtones ainsi qu’aux femmes, doit être accueillie favorablement par tous ceux qui œuvrent au sein de l’industrie, de même que par les collectivités qui souhaitent encore vivre de la forêt.