Un vote pour la meilleure option

ÉDITORIAL / La saga du compostage à Saguenay connaîtra son dénouement lundi, alors que le conseil municipal devrait adopter la recommandation de la commission en charge de ce dossier. Présidé par le conseiller Simon-Olivier Côté, le comité restreint a privilégié le bac brun à toutes autres solutions potentielles.

Cette position ne fait pas l’unanimité dans la population, c’était prévisible. Par contre, elle demeure sans doute la plus adéquate et la moins risquée des options. Autrement, pourquoi la Régie des matières résiduelles (RMR) aurait-elle choisi, elle aussi, ce type de collecte pour les matières putrescibles du Lac-Saint-Jean ?

Depuis la dernière campagne municipale, l’option d’un tri robotisé a été maintes fois évoquée dans l’actualité. L’écho du candidat Dominic Gagnon, du Parti des citoyens de Saguenay, résonne encore : « Un vote pour Josée Néron, c’est un vote pour le bac brun». Sa plaidoirie en faveur d’un système automatisé a fait son chemin de telle sorte qu’à un moment, plusieurs croyaient que les jeux étaient faits. Et pourtant…

Dans notre édition de vendredi, le vice-président de la compagnie Waste Robotics, Michel Laforest, s’est dit déçu de la tournure des événements, vantant du même souffle la robustesse de la technologie et de l’intelligence artificielle qu’il suggérait aux élus de Saguenay. Il a par ailleurs réitéré que la facture globale aurait été inférieure pour les contribuables. 

Alors, pourquoi donc ne pas avoir sauté sur l’occasion ? 

Parce que lorsqu’une personne administre des fonds publics, elle n’a pas le droit de jouer l’argent des électeurs à la roulette. Peut-être bien que tout aurait fonctionné parfaitement, tel que promis par l’entreprise. Mais Saguenay avait-elle intérêt à jouer les cobayes ? Avec sagesse, la commission a opté pour la valeur la plus sûre. 

Comme en 2013

Cette histoire n’est pas sans rappeler le projet de lieu d’enfouissement technique à Hébertville-Station.

Lors des audiences du BAPE, en 2013, certaines compagnies ont tenté de discréditer le projet de la RMR, présentant leur solution respective telle la seule option logique, la moins onéreuse, la plus environnementale. 

Pendant que la compagnie saguenéenne Centrem prônait le traitement thermique des déchets dans les anciennes installations d’Alcan, à Isle-Maligne, la compagnie 3R Synergie de Montréal prétendait être en mesure de disposer de 300 000 tonnes de résidus par année, toxiques ou non, grâce à la gazéification.

Les deux entreprises ont déposé des mémoires bien ficelés, solidement articulés et appuyés de rapports favorables. 

La compagnie Matrec a également milité jusqu’à la fin dans l’espoir de convaincre la RMR d’utiliser son parc environnemental de Larouche, qui détenait déjà les autorisations nécessaires pour accueillir les déchets de toute la région.

Tous promettaient une facture moins importante, mais aucun n’a su faire reculer les administrateurs de la RMR. Comme le comité de Simon-Olivier Côté, les élus du Lac voulaient rester maîtres de leurs coûts d’opération et de leur destin. Les années qui ont suivi leur ont donné raison, du moins sur le plan financier depuis l’entente survenue avec Saguenay pour l’enfouissement des déchets de toute la région à Hébertville-Station. 

Un vote pour Josée Néron était en effet un vote pour le bac brun ; un vote pour la plus responsable et la plus lucide des options.

S’il faut retenir une chose de ces deux épisodes, c’est qu’il y aura toujours des compagnies et des individus qui tenteront de vendre une solution parfaite lorsque l’enjeu se calcule en millions. Dans pareille situation, un bon gestionnaire sera en mesure de peser le pour et le contre afin de prendre une décision judicieuse. Le mauvais, quant à lui, hypnotisé par les belles promesses, finira par troquer ses fourrures contre des miroirs sans valeur.