Denis Bouchard
Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et responsable de la region, et Annabelle Brossard directrice générale du HUB Sag-Lac.
Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et responsable de la region, et Annabelle Brossard directrice générale du HUB Sag-Lac.

Un vent nouveau?

ÉDITORIAL / Le rapport sur la réflexion régionale pour la relance économique et sociale rendu public jeudi n’était pas si tôt sorti qu’il a été critiqué à gauche comme à droite. Pourtant, dans la pratique, il devrait avoir toute l’attention de la population parce qu’il trace la feuille de route du développement régional à court, moyen et long terme.

Confiée au Hub Saguenay–Lac-Saint-Jean par le ministère de l’Économie et de l’Innovation (MÉI) en pleine pandémie, avec des délais serrés et des moyens qui devaient exclure de grands rassemblements comme un sommet, par exemple, la démarche a accouché d’un rapport qui ratisse large, qui étonne et qui introduit dans le discours officiel de nouvelles tendances.

Allons-y d’abord avec les critiques, celles qui proviennent de la gauche du spectre : tous les efforts d’élargissement du débat sont anéantis par le contrôle politique. Et, pour preuve, ils vous citeront la présence de deux comités de sélection composés du politique.

Il y a le Comité de priorisation et le Comité de validation de la priorisation, ce qui constitue en soi une trouvaille pour mettre entre les mains d’un petit groupe le sceau final. Le premier est composé des cinq préfets de la région et d’Annabelle Brossard, directrice du Hub, et le second, des cinq élus régionaux à l’Assemblée nationale. Avouons que nous sommes loin de l’ancienne Conférence régionale des élus (CRÉ), au risque de faire nostalgique.

À l’autre bout, la classe d’affaires a brillé par son silence, étant donné que seulement 15 pour cent des 357 personnes sollicitées ont répondu à l’appel des organisateurs. Une retenue qui en dit long, mais ne dit-on pas que les absents ont tort ? Quelques coups de téléphone au cours des dernières 24 heures recoupent l’argumentation selon laquelle on ne se sentait pas interpellés par la démarche.

Revenons au fond. Oui, bien sûr, les conclusions ramènent à notre modèle traditionnel, soit l’industrie, la forêt et l’agroalimentaire, mais il faut lire les « petits caractères » comme sur les contrats d’assurance ! Il y a assurément le début d’une tendance là-dedans orientée vers le développement durable, la prise en main de l’économie et la volonté de voir l’avenir d’un autre oeil.

Bon, c’est ici que les hauts cris se feront entendre ; le projet d’Énergie Saguenay est dans le décor, ce qui est tout fait normal dans la mesure où il est revenu dans les réponses. Une consultation ne doit-elle pas tenir compte des préoccupations des consultés ? Pour le reste, le ton est nouveau, même en traitant des fondamentaux de notre économie.

Pour l’industrie agroalimentaire, par exemple, le support au projet de Nutrinor de mettre de l’avant une agriculture durable se veut la pierre angulaire du rapport. À cela, il faut ajouter le projet d’un abattoir dans la région, qui veut mettre fin à un non-sens en 2020 : le bétail part d’ici pour parcourir des centaines de kilomètres avant de revenir en raison d’une règle très contraignante du fédéral. La surveillance des abattoirs peut coûter au bas mot quelque 500 000 $ par année. L’absence d’un abattoir ou d’abattoirs complique la diversification des élevages, les gros comme les petits.

Le plus étonnant dans ce rapport est le positionnement de l’aluminium dans le palmarès des 12 secteurs jugés prioritaires. La matière grise arrive au huitième rang, derrière le tourisme.

Là où on peut voir la volonté de faire différent du Hub est qu’il s’est adjoint pour la consultation la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), une organisation résolument progressiste. Vendredi, sur Facebook, le professeur et chercheur de la chaire Olivier Riffon ne s’est pas défilé en défendant auprès des détracteurs à la fois la démarche et les conclusions.

Vous pouvez parier que la ministre Andrée Laforest priorisera le développement de la Zone industrialo-portuaire (Grande-Anse) et la biomasse, au Lac-Saint-Jean. S’il y a un grand absent dans les 90 pages du rapport, c’est la recherche, notamment à l’UQAC. Il est à souhaiter que la ministre régionale en récupère l’impérieuse nécessité avant de le déposer à son grand patron.