Un test pour le «Pacte»

ÉDITORIAL / Le projet d’Énergie Saguenay est un premier test pour le « Pacte pour la transition », un phénomène qui a pris une ampleur spectaculaire via les réseaux sociaux au cours des derniers jours. L’acheminement par pipeline de gaz naturel liquéfié sur une distance de 750 kilomètres, de l’Ontario jusqu’au port de Grande-Anse, semble à première vue contrevenir aux principes véhiculés dans le manifeste, auxquels ont adhéré jusqu’ici des centaines de personnalités québécoises et plus de 188 000 internautes issus des quatre coins de la province. Que se passera-t-il maintenant qu’ils sont invités à passer « de la parole aux actes » ?

Le développement durable se décline en trois grands principes : l’économie, le social et l’environnement. Aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent en faveur d’une société qui rejette tout projet ne s’inscrivant pas dans cette logique, avec justesse. Que ce soit à travers les manifestations, les débats publics ou même par le biais de lettres d’opinion, une frange de plus en plus importante de la population exprime ses craintes face à l’avenir. Comme si les gens n’avaient plus confiance aux mécanismes mis en place au Québec afin de statuer sur l’acceptabilité sociale d’une démarche industrielle, par exemple les audiences du BAPE.

Pour le projet d’Énergie Saguenay, les zones de friction potentielle sont multiples : conduite souterraine de ressources fossiles non renouvelable, transport maritime sur le fjord du Saguenay, gaz à effet de serre… En contrepartie, il y a le développement économique d’une région en proie à une démographie en chute libre ; celui d’une ville, Saguenay, qui peine à boucler ses budgets et qui rêve depuis longtemps aux retombées économiques engendrées par ce projet d’envergure. On parle quand même d’un projet de 14 milliards de dollars !

Les gens qui ont signé le « Pacte » se sont engagés, entre autres choses, à « utiliser (leur) pouvoir citoyen (pétitions, lettres, implication communautaire, groupes de transition, manifestation, etc.) pour faire accélérer la transition écologique dans (leur) collectivité et au sein des entreprises ». Or, avant de déambuler sur la rue racine dans l’espoir de faire avorter le projet, prendront-ils le temps d’assister aux séances d’information et de consultation ? Au minimum, feront-ils l’effort de suivre l’évolution du dossier dans les médias ? Car elle se trouve là, la nuance entre un clic nonchalant sur Internet et une véritable implication citoyenne. C’est là que nous pourrons évaluer la valeur du « Pacte » : phénomène éphémère du Web ou réelle prise de conscience sociale ?

Dans son communiqué de presse, la direction de la compagnie Gazoduq, responsable de la construction de la conduite souterraine, soutient que ce projet contribuera à la lutte mondiale contre les changements climatiques, qu’il deviendra « la référence dans l’industrie en matière de performance environnementale ». Le promoteur présente le gaz naturel telle une énergie de transition, une affirmation qui n’a pas tardé à être contestée par les membres de la Coalition du fjord, un mouvement d’opposition au projet.

« Le gaz naturel est une énergie fossile au même titre que le pétrole ou le charbon avec des impacts comparables en matière de gaz à effets de serre mesurés sur 20 ans », corrigent les militants. Que les hostilités s’amorcent !

Mais le signataire du « Pacte », dans tout cela ? Bien que très explicite quant à l’engagement de celui-ci, le document ne prescrit pas de s’opposer systématiquement à tout projet ou de semer la controverse là où il n’y en a pas. Il suggère en son essence de s’améliorer, de défendre les valeurs environnementales. Mais son adhésion implique également de se documenter afin de démêler le vrai du faux. S’il est vrai que le projet de gaz naturel liquéfié a une incidence positive sur la situation globale ; s’il est vrai qu’il s’inscrit dans une démarche de développement durable ; s’il est vrai qu’il profitera aux communautés sur les plans social et économique, alors l’implication logique de tout citoyen sera de l’appuyer. Or, les signataires qui choisiront de loger dans ce camp seront-ils jugés coupables d’hérésie par leurs pairs opposés au projet ? Faudra voir…