Un Royaume détrôné...

ÉDITORIAL / De quoi l’année 2020 sera-t-elle composée au Saguenay–Lac-Saint-Jean ? Question hasardeuse, évidemment, mais une chose ne changera pas : les débats autour des enjeux cruciaux demeureront acrimonieux et les positions ne seront pas davantage réconciliables.

Après trois décennies à conjuguer environnement et économie, la prochaine accentuera l’opposition entre les deux thèmes dans la région. La nature même de notre économie, principalement tirée par la transformation des ressources naturelles, par la grande industrie notamment, heurte de plein fouet des réalités environnementales associées à des états de « crise » et d’« urgence ».

Il se pourrait que nous n’ayons vu que la pointe de l’iceberg en 2019. La plupart des clignotants dans le tableau de bord de l’environnement à l’échelle mondiale se retrouvent dans le Royaume. De quoi tomber de son trône ? Allez répondre à ça...

L’exploitation des énergies fossiles et de la forêt, la protection d’espèces en danger ou fragiles et le réchauffement climatique sont tous des sujets qui trouvent écho dans la région.

 Lé projet de GNL Québec d’importer du gaz naturel de l’Alberta pour le liquéfier à Grande-Anse (Énergie Saguenay) met les projecteurs sur la région. Tant et si bien qu’il est devenu un des symboles de la lutte au réchauffement climatique au Québec et par-delà les frontières.

Les environnementalistes les plus hardis, qui sont habiles à utiliser les médias sociaux, opposent un non catégorique au projet de gaz naturel liquéfié pour être exporté. Il y a urgence, affirment-ils. Les énergies fossiles, basta ! Allons tout de suite à ce qui génère le moins de pollution et au diable la transition.

La seule idée de s’en remettre aux autorités fédérale et provinciale en la matière, soit l’Agence d’évaluation d’impact du Canada et le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), apparaît comme une hérésie aux yeux de certains. C’est pour dire comment les positions sont campées.

Et quand vous évoquez les milliards de dollars d’investissement pour un gazoduc et une usine de transformation, il y a de quoi faire saliver le milieu économique et la plupart des politiciens, surtout dans un contexte de sous-investissement du secteur privé et public dans la région.

Si seulement GNL était la seule pomme de discorde ! La protection des bélugas dans l’estuaire du Saint-Laurent, le caribou forestier, en plein coeur des territoires de coupe, et la revendication d’aires protégées supplémentaires ajoutent à l’angoisse économique.

Comme si ce n’était pas assez, de nouvelles notions, comme l’abolition de la taxe d’essence à la pompe pour une nouvelle taxe basée sur le kilométrage, poignent à l’horizon. Ne prenons pas le mors aux dents ; il y aurait modulation pour les régions éloignées. Ce changement est envisagé pour faire en sorte que les automobilistes qui conduisent une voiture électrique paient aussi pour les routes.

Vous avez vu au cours de la dernière année des actions radicales contre des producteurs agricoles menées par des véganes ? Est-ce que nous en aurons ici ? Tant qu’à y être...

Il est difficile de mesurer, à ce stade-ci, la force de l’opposition, mais il y a aussi, dans son plaidoyer, la contestation d’un mode de vie. Les jeunes ont été précurseurs de ce phénomène et les employeurs ont été les premiers à devoir en prendre acte. Jamais, nous aurions cru assister à autant de bouleversements sur le marché du travail, déjà aux prises avec une main-d’oeuvre plus rare.

Développé par de grands projets, qui ont apporté généreux salaires, infrastructures publiques, institutions d’enseignement et de recherches et mises sur pied de grappes régionales de fournisseurs, comme des firmes de génie et des équipementiers, le Saguenay–Lac-Saint-Jean reste une des régions ressources les mieux organisées du Québec.

Le défi est d’enrichir cette base en s’ouvrant sur un « nouveau monde ». Plusieurs voudraient aller vite, mais un regard sur l’ensemble de la planète doit nous inspirer le bon dosage.