Josée Néron

Un revers pour Josée Néron

ÉDITORIAL / La démission de Denis Lemieux est symptomatique de plusieurs maux : la mauvaise personne au mauvais endroit, un mandat imprécis, une tendance à claquer la porte lorsqu’il le désire, une famille tissée serrée et réfractaire aux changements, la syndicalisation des employés…

La maladie est évoquée pour justifier son départ, mais avant la maladie, il y a souvent l’accumulation de plein de petites choses qui, une fois réunies, provoquent une situation tout simplement insoutenable. Et dans ce cas-ci, les « petites choses » sont liées à une mauvaise gestion du dossier Promotion Saguenay par l’administration municipale actuelle.

La mairesse Josée Néron avait deux choix lorsqu’elle a pris le pouvoir : conserver Promotion Saguenay ou l’enterrer six pieds sous terre. Elle n’a pas choisi, elle est restée assise entre deux chaises.

Or, dans le contexte où le développement de Saguenay doit passer devant toutes considérations vindicatives ou politiques, le sort de Promotion Saguenay nécessitait une position ferme, une stratégie claire. Il fallait un plan.

L’important n’est pas de savoir si Denis Lemieux était l’homme de la situation : il ne l’était pas. La « vraie » question à poser est : comment ce dernier a-t-il pu se retrouver là ?

Afin d’être épaulée dans son processus d’embauche, la mairesse a fait appel à une firme externe spécialisée en ressources humaines, Bourassa Brodeur Bellemare, pour cibler la personne la plus apte à diriger Promotion Saguenay, une organisation ébranlée, contestée, qu’une majorité d’élus municipaux souhaitaient voir disparaître. Une trentaine de candidatures ont été évaluées. Du lot, sept ont été analysées plus attentivement, puis quatre ont été retenues pour l’étape finale. Denis Lemieux été l’heureux élu. D’une trentaine d’hommes et de femmes compétentes, c’est lui qui a traversé ce processus exhaustif avec le plus d’éclat. A-t-il reçu un coup de pouce du politique ? Sans l’ombre d’un doute. Denis Lemieux a appuyé ouvertement Josée Néron lors de la campagne municipale. Il entretient aussi d’excellents liens avec le numéro 2 de Saguenay, le conseiller Michel Potvin. La politique est ainsi faite.

Denis Lemieux était le choix de Josée Néron, et il a résisté à peine trois mois... C’est une défaite pour la mairesse, quel que soit l’angle sous lequel l’histoire est étudiée.

Ce qui nous amène à une deuxième grande question : une défaite contre qui ?

Promotion Saguenay était davantage une famille qu’une organisation municipale traditionnelle. Celle-ci a été construite une pièce à la fois par l’ancien directeur général Ghislain Harvey, qui a profité de son statut pour privilégier ses relations personnelles. Comme le veut le dicton : les amis de mes amis sont mes amis. Nous avons pu constater l’esprit de corps qui règne au sein de l’organisme en décembre 2017, lorsque 46 employés ont signé une lettre afin d’appuyer leur directrice de l’époque, Priscilla Nemey, alors suspendue par la mairesse Néron. C’est face à ce groupe que Denis Lemieux s’est présenté, avec ses grands sabots.

Ces employés ont sans doute subi ses foudres, certains d’entre eux ont même été remerciés, mais ils ont ensuite répliqué en déposant une demande d’accréditation syndicale et en dispersant des rumeurs aux quatre vents, dont celle de la démission imminente de leur directeur général. Le chef d’orchestre avait beau remuer sa baguette dans tous les sens, les instruments se sont mis à jouer faux et la symphonie est devenue une cacophonie insupportable.

Le choc entre l’homme de Josée Néron et l’ancienne famille de Ghislain Harvey était inévitable. Et encore une fois, il faut interpréter l’issue du combat telle une amère défaite pour la mairesse et ses alliés.

Il ne reste que la troisième et ultime question : que faire ?

Certains soutiendront que Denis Lemieux a l’abandon facile, et bien malin qui pourra les contredire. Deux fois plutôt qu’une, il a abandonné ses responsabilités publiques pour retraiter à la maison. Cependant, il y a aussi lieu de croire que quiconque tentera de reconstruire Promotion Saguenay de façon unilatérale se heurtera à un groupe tenace.

Donc, collaborer ou affronter ; conserver ou enterrer ? Cette fois-ci, la mairesse ne peut plus s’asseoir entre deux chaises.