«Mon fils aura de vraies racines, ici». Isis Bussons

Un regard vers l’avenir : déjouer le karma

ÉDITORIAL / Quand faut-il penser l’avenir ? Le Progrès, dans ce Cahier Affaires, propose une réflexion sur ce que nous voulons devenir, à partir de ce que nous sommes déjà ! Y voyez-vous une contradiction ? Nous sommes de bois et d’aluminium, certes, mais nous sommes aussi de défrichage, de labeur et d’originalité. Peut-on mettre ça au service de la création d’un nouvel ADN pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean ?

À travers des entrevues, des points de vue et des exemples, nous avons voulu être à la fois réalistes et audacieux. Réalistes, parce que notre sort est beaucoup, mais vraiment beaucoup lié à la transformation des ressources naturelles et, audacieux, parce que nous avons la responsabilité de revoir notre destin ou encore de changer notre karma.

Vouloir

À la lecture des prochaines pages, vous constaterez la grande simplicité des choses, rien de compliqué ou de trop « flyé » pour que ça ne devienne pas vrai. Ceux que nous avons invités à la réflexion mettent souvent à l’avant-plan une même idée et c’est la beauté de la chose : la v-o-l-o-n-t-é de faire autrement. Donc, l’humain est encore, et heureusement, celui qui active le levier du changement.

Voyez ce cahier comme un essai, pas comme une fiction, cependant. Un essai parce que la réflexion ne se veut pas totale et complète en ce sens qu’elle ne ratisse pas tous les pans de la société. L’avenir, chacun le voit (et le souhaite) du bout de sa propre lorgnette qu’elle soit culturelle, environnementale, purement économique, scientifique ou autre.

L’idée du propos n’est pas de tourner la page sur ce qui nous a fabriqués. D’ailleurs, les gens ou les organisations qui y réfléchissent, comme Marc-Urbain Proulx (bien oui, encore lui !) et la CIDAL (Corporation d’innovation et développement Alma — Lac-Saint-Jean-Est), l’affirment haut et fort : l’aluminium et la forêt demeurent nos piliers de développement, mais il y a lieu de les aborder autrement. Mais, en plus, il faut prendre les moyens de rester dans le coup en devenant, par exemple, un pôle technologique.

Référons à une citation d’un professeur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Elle porte un message qui démontre toute la difficulté de se refaire une réputation. Elle vient d’un intellectuel qui en a vu d’autres et qui vient d’Europe. « En marketing, il est plus facile de renforcer une croyance qui existe déjà que d’en créer une nouvelle », raconte le professeur en marketing, Damien Hallegatte. Allez lire pourquoi nous avons du pain sur la planche en page 20.

« En marketing, il est plus facile de renforcer une croyance qui existe déjà que d’en créer une nouvelle. » Damien Hallegatte

Ce qui est important dans une réflexion, c’est de ne pas avoir peur de déconstruire les idées reçues, de ne pas avoir d’interdits, de ne pas être effrayé par les réactions (« Mon dieu ! Que va-t-on dire ? »), de s’arroger le droit de bousculer l’ordre établi, de remettre en question les institutions et, le cas échéant, d’accepter de perdre notre statut et les privilèges qui vont avec ! Tout un bail, direz-vous !

Jean Duplain, lui, consultant en numérique, le fait. Il ne nous trouve pas si beaux et pas si fins que ça ; il nous trouve même un peu retardés... en développement numérique, entendons-nous ! Et il ne fait pas seulement critiquer, il saute à l’eau (froide) en proposant des étapes à suivre.

«Montréal, présentement, est en train d'aspirer tout ce qui se fait comme investissement dans le numérique.» Jean Duplain

Citons-le pour comprendre comment il prête foi à la nouvelle économie : « Les retombées économiques, l’argent qu’il y a à aller chercher là-dedans, ça n’a aucune commune mesure avec les projets industriels. C’est beaucoup plus payant de faire des projets numériques. »

C’est beau les belles paroles, mais sur le plancher des vaches, à quoi ça ressemblerait le nouveau visage du Royaume ? Sylvain Gauthier, un petit Jeannois parti avec son baluchon à Montréal, bosse dans un bureau publicitaire, perd son travail et décide de revenir au Saguenay, crée une entreprise (NUBEE) et devient en quelque sorte une icône de la nouveauté.

Le Mythe d’Isis...

Trois langues dans une même maison — le français, l’anglais et le portugais — chantent tous les jours dans la famille Gravel-Bussons. Le petit Benjamin est bien parti pour devenir un citoyen du monde. C’est elle, la Brésilienne, Isis, qui a convaincu Mathieu que c’était assez chaud au Lac pour y vivre. C’était une métaphore pour décrire la chaleur humaine qu’elle ressentait.

Il y a aussi des entreprises du monde ici, comme CGI, qui doit, bon an mal an, recruter des dizaines d’employés partout sur la planète. En tout, 26 nationalités déambulent dans les couloirs de l’entreprise. Bien oui, on veut qu’ils aiment notre région. Ne faudrait-il pas commencer par l’aimer nous aussi ?

Et il y a plein d’autres histoires du genre dans ces 48 pages, pensées et fabriquées avec amour de la région. C’est à votre tour. Tournez les pages et gardez ce cahier près de vous pour quelque temps.

Bonne lecture !