De puissantes vagues de trois à quatre pieds de haut déferlaient sur le lac Saint-Jean lors des conditions météorologiques difficiles des dernières semaines.

Un pas dans la bonne direction

La tempête est passée sans trop laisser de traces, mais elle nous a néanmoins appris qu'il est possible de gérer efficacement le lac Saint-Jean dans des circonstances très hostiles.
Les efforts déployés par Rio Tinto afin de convaincre la population - et bien sûr, reconnaissons-le, les autorités du Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) - sont-ils suffisants pour faire oublier un passé encore très récent, où l'entreprise a vertement été critiquée par les riverains et les élus locaux parce qu'elle a maintenu trop élevé le niveau du plan d'eau ? Il y a lieu d'en douter. On dit que la mémoire est une faculté qui oublie, mais il faut tout de même un certain temps pour que cette maxime se concrétise. Et dans ce cas précis, il faudra d'autres épisodes positifs pour que la confiance revienne à l'égard de la multinationale.
Toutefois, les mécanismes mis en place par la compagnie au cours de la période de crue démontrent une sensibilité et surtout, un souci d'assurer la sécurité des gens, nul ne peut prétendre le contraire. Dans les circonstances, avec la capacité d'évacuation dont disposent les gestionnaires, il aurait été difficile de faire mieux.
Peut-être aurait-on dû ouvrir les vannes trois ou quatre jours plus tôt, alors que les inondations se multipliaient aux quatre coins du Québec ; peut-être aurait-on alors été en mesure de maintenir le niveau du lac sous les 16 pieds, mais en bout de ligne, l'histoire retiendra qu'il n'y a pas eu de dommages majeurs pendant cette crue exceptionnelle. Et il est important de garder en tête qu'en période de crue, près de 75 % des apports d'eau sont d'origine naturelle et donc, difficilement estimables.
Avec les changements climatiques qui rendent les prévisions encore plus difficiles, les administrateurs de la division Énergie Électrique seront sans doute confrontés, de plus en plus fréquemment, à des événements comparables. Aussi est-il rassurant de constater que Rio Tinto est en mesure de prévenir la catastrophe et est encline à déployer tous les efforts pour y parvenir lorsque la situation l'exige.
Plusieurs intérêts distincts se partagent le lac Saint-Jean. Villégiateurs, pêcheurs, plaisanciers et touristes doivent harmoniser leurs activités avec celles du principal producteur privé d'hydroélectricité au Québec. L'inverse est également de mise. En ce sens, la gestion de la crue 2017 se veut un pas dans la bonne direction qui, espérons-le, deviendra la pierre d'assise d'un nouveau pacte entre la région et la grande industrie.
Communications efficaces
Sur le plan des communications, rarement a-t-on observé une rigueur comparable en saison printanière.
Certes, la compagnie se fait un devoir d'émettre des bulletins réguliers, de livrer aux médias des états de situation, des bilans et des projections, mais ses pratiques habituelles ne sont en rien comparables au suivi exhaustif qui a été réalisé cette année.
Certains diront que les audiences du BAPE sur la gestion du lac, de même que l'attention médiatique suscitée par les inondations qui frappaient aux quatre coins du Québec ont forcé la main de la compagnie. Possiblement, dans une quelconque mesure, mais il demeure que le travail du service des relations publiques a été fort convaincant et que la population a ainsi été informée en temps réel, de façon claire et transparente.
Avouons-le, l'étoile de Rio Tinto a bien pâli au cours des dernières années. Dans le dossier des berges notamment, le géant de l'aluminium a maintes fois donné l'impression d'un partenaire corporatif insensible, mué strictement par les profits.
Faute d'annoncer des projets d'expansion dans ses usines d'électrolyse, c'est en misant sur la transparence et en demeurant à l'écoute des citoyens que la compagnie redorera peu à peu son blason.
C'est ce que tout le monde souhaite.