Un pari risqué

Le choix de Saguenay d’implanter le centre multisport (soccerdôme) sur les terrains de ce qui devait devenir un « Power Center » à Jonquière est assurément un pari risqué que seul le temps pourra justifier.

Parce qu’en ce moment, en tout respect pour les commerces qui y sont établis, le secteur n’est pas le milieu de vie le plus attrayant, mais il recèle un certain potentiel. En tout cas, ça n’a rien à voir avec les secteurs du Cégep de Jonquière (près de Saint-Hubert et Saint-Dominique) et du parc Saint-Jacques (Mellon et Carré Davis).

Parmi les éléments qui ont convaincu les élus d’arrêter leur choix sur les terrains qui seront acquis d’un promoteur privé, il y en a deux qui ne sont pas négligeables : l’accès pour l’ensemble des joueurs de soccer du Saguenay et du Lac-Saint-Jean, et les caractéristiques du terrain, qui limiteraient les coûts d’aménagement.

En coulisse, certaines sources se font insistantes : plusieurs scénarios ont été analysés dont ceux du cégep et du parc Saint-Jacques. Les élus y ont renoncé en raison des coûts supplémentaires, notamment occasionnés par du dynamitage. D’ailleurs, le conseiller responsable de la commission des loisirs, Michel Thiffault, s’est servi de cet argument pour expliquer la raison pour laquelle certains sites ont été écartés.

Saguenay doit donc débourser 2,3 millions $ pour acquérir le terrain, ce qui s’ajoute aux 12,5 millions $ investis dans l’infrastructure de 20 millions $. Le reste devra venir du gouvernement du Québec. La Ville est aussi ouverte à permettre à un commanditaire d’y afficher son nom contre une participation, ce qui diminuerait le fardeau des contribuables.

Saguenay a aussi une autre option pour alléger sa participation en vendant les terrains qui ne seront pas utilisés.

Le choix est fait, impacts et conséquences doivent être à présent mesurés. Des centaines et des centaines de jeunes et de parents se rendront au nouveau centre multisport chaque semaine, ce qui créera une activité importante. Mis à part la pratique du sport, il y a peu à faire dans le secteur.

Toutefois, oui, les choses peuvent changer si des gens d’affaires jugent que le jeu en vaut la chandelle. Si tel est le cas, il est à souhaiter qu’il n’y ait pas de phénomène de cannibalisation, c’est-à-dire que des commerçants quittent leur emplacement actuel pour déménager.

Le phénomène du trou de beigne saute aux yeux à Jonquière. Tant le commerce en général que la construction résidentielle ont connu une croissance substantielle dans différents secteurs de l’arrondissement, laissant des centres-villes en grande difficulté. D’ailleurs, c’est le discours des conseilleurs jonquiérois : ils souhaitent des investissements publics pour relancer les centres-villes.

La décision de choisir le secteur René-Lévesque—Panet—Autoroute de l’aluminium a été prise en toute connaissance de cause et il est à espérer que le temps donne raison aux élus.

Il ne faut pas remonter loin en arrière pour comprendre que des décisions ont un impact majeur et à long terme sur le développement d’une ville. Les plus âgés se souviendront de l’implantation d’un hôtel à Jonquière, sous la bannière Roussillon, devenue Holiday Inn puis Delta Marriott. C’était, à l’époque, une zone déserte, sans aucun autre service pour les clients. De plus, Jonquière y subventionnait grassement (300 000 $ pendant 25 ans) un centre des congrès avec l’argent des contribuables.

Imaginez le développement de la ville si les promoteurs et les élus avaient travaillé pour ériger cet hôtel au centre-ville ! Non seulement le problème d’hébergement hôtelier aurait été réglé, mais la vie autour aurait royalement changé ainsi que l’expérience des clients. Le même exemple démontre aussi qu’il n’y a pas beaucoup d’occasions de prendre des décisions d’avenir et courageuses pour changer le destin d’un secteur.

Alea jacta est, comme disait César... On souhaite à Saguenay de traverser le Rubicon sans encombre !