La poignée de main entre le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, et Kim Yo Jong, la sœur du leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un, est-elle annonciatrice d'une détente entre les deux pays?

Un optimisme prudent

ÉDITORIAL / Est-ce l’effet du réchauffement observé à l’occasion des Jeux olympiques de PyeongChang? Ou d’un soudain élan de lucidité du leader nord-coréen Kim Jong-un? Difficile à dire à ce moment-ci. Mais les récents efforts diplomatiques entre les deux pays de la péninsule coréenne pourraient déboucher sur un sommet en avril et même sur des discussions concernant la dénucléarisation, ce qui constitue une spectaculaire volte-face dans les relations intercoréennes et dans l’attitude du Nord face aux États-Unis.

Même si nous sommes à des lieues de la tension qui régnait encore il y a un mois à peine, il ne faudrait pas céder à l’enthousiasme et conclure que ce réchauffement entre les deux Corées peut déboucher sur une paix durable. Il est encore trop tôt. Et l’histoire récente nous démontre que les emballements ponctuels quant à certains gestes de rapprochement ont souvent fait place à des déceptions ou des reculs souvent plus durables.

Bref rappel des faits: le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et les émissaires du président sud-coréen Moon Jae-in ont discuté, ces derniers jours à Pyongyang, de la possibilité de tenir un sommet intercoréen. Les images qui nous arrivent de ces échanges sont saisissantes tant elles contrastent avec ce qu’on a l’habitude de voir: Kim Jong-un apparaît souriant, offrant des poignées de mains franches et chaleureuses à ses visiteurs du sud et saluant leur départ. L’heure était à la convivialité.

La visite d’une délégation sud-coréenne à Pyongyang était une première en plus de dix ans. Les ministres en ont profité pour remettre à Kim Jong-un une lettre du président Moon Jae-in et pour évoquer la tenue d’un sommet en avril. S’il se concrétise, ce sera le troisième depuis la partition de la péninsule, en 1945.

En 2000, un premier sommet avait eu lieu entre le président sud-coréen Kim Dae-jung et le leader du nord Kim Jong-il, à Pyongyang, et avait conduit à la signature d’une déclaration commune qui enchâssait l’engagement à progresser sur le chemin d’une paix durable et d’une réunification possible. Il s’agissait d’un premier pas vers une série de mesures de détente: fin de la propagande sonore par le Nord, organisation de retrouvailles entre membres de familles coréennes séparées, coopération économique plus soutenue. Mais le dialogue a pris fin un an plus tard, après que la Corée du Sud eut dû mettre en place des mesures de sécurité accrues après les attentats du 11-septembre à New York.

Le dernier sommet coréen remonte à 2007. Le président sud-coréen de l’époque, Roh Moo-hyun, a été reçu par Kim Jong-il pour un sommet à Pyongyang. C’était près d’un an après le premier essai nucléaire de la Corée du Nord. Étonnamment, ce sommet avait débouché sur une déclaration commune visant à promouvoir paix et prospérité dans la péninsule et à poursuivre le processus de dénucléarisation du Nord. Pyongyang avait accepté d’abandonner son programme nucléaire en échange d’une importante aide énergétique et de garanties en matière de sécurité. Mais les relations intercoréennes se sont progressivement dégradées dans les mois qui ont suivi l’arrivée au pouvoir, en 2008, du conservateur Lee Myung-bak, qui prônait la ligne dure envers Pyongyang.

Dix ans plus tard survient cette nouvelle baisse de tension sur la péninsule coréenne. Si les dispositions semblent bonnes entre les deux principaux intéressés, il faudra voir comment réagira le président des États-Unis, Donald Trump. Ses premières réactions étaient encourageantes, positives et prudentes, mais il ne faut pas oublier que pour lui, il y a des conditions préalables – principalement militaires – à d’éventuelles négociations avec la Corée du Nord. L’imposition récente de nouvelles sanctions très dures et l’intention de reprendre avec le Sud les manœuvres militaires conjointes ne s’effaceront pas du jour au lendemain, simplement parce qu’un souper entre Kim Jong-un et des émissaires du Sud a été agréable.