Un mouvement à redéfinir

ÉDITORIAL / Outre leur position diamétralement opposée, il y a une différence manifeste entre la Coalition Fjord et le mouvement Je crois en ma région. La première est authentique, issue d’une base militante convaincue, alors que la seconde peine à se définir tel un mouvement tant elle est absente de la scène. Lundi soir, ce constat était plus frappant que jamais, alors que seuls les opposants au projet de GNL Québec se sont présentés massivement à la séance du conseil de Saguenay. Karine Trudel, qui est le visage de Je crois en ma région, aurait dû venir débattre à l’hôtel de ville, défendre son employeur, remercier les élus qui ont appuyé son regroupement. Or, elle n’était pas là.

On a beau mettre sur pied la plus inspirante des organisations, celle-ci sera toujours vouée à l’échec si elle n’est pas alimentée par l’implication inconditionnelle de ses troupes. À la Coalition Fjord, ce sont les convictions profondes de chaque membre qui animent le mouvement. Chez GNL Québec, ce sont des salaires attrayants, indexés de bonus tout aussi alléchants, qui poussent les employés à se surpasser jour après jour. Or, Je crois en ma région n’a ni fric ni véritables apôtres. En quelque deux mois, l’initiative n’a réussi à convaincre que 5500 personnes à s’inscrire sur son portail Web, une opération qui ne demande pourtant que quelques secondes.

Les administrateurs ont été en mesure de s’allier l’ancienne députée Karine Trudel à titre de porte-parole, mais ils ont visiblement sous-estimé l’implication nécessaire au succès de leur démarche. Combien d’entre eux ont passé des nuits blanches à rédiger une stratégie, à planifier une sortie publique, à mettre leurs tripes sur la table au nom de leur combat ? Certes, quelques ambassadeurs se sont manifestés lors de points de presse ponctuels, mais est-ce suffisant pour engendrer un mouvement de société ? Aucun ne s’est insurgé contre les arguments de la Coalition Fjord. Aucun n’a fait de son engagement une cause à défendre sans relâche, coûte que coûte.

La passion est ce qui manque cruellement à l’équipe de Je crois en ma région, et ce, depuis le tout début. Même Karine Trudel ne semble pas habitée par cette flamme qui permet de déplacer des montagnes. La porte-parole remplit son mandat, elle rencontre les gens et se prête aux entrevues, mais d’aucune façon elle incarne le général qui, par son adhésion à une cause, entraîne toute une armée dans son sillon. Nous sommes loin de Karine Trudel la syndicaliste, qui a défendu corps et âme ses collègues facteurs avant de faire le saut en politique fédérale.

Cela dit, Je crois en ma région n’est pas une mauvaise idée en soi. Le concept original, selon lequel une région s’exprime en faveur de son développement et de son droit légitime à la prospérité, demeure inspirant et tout à fait pertinent. Mais ceux qui ont initié la démarche devront élargir leur spectre d’intervention et accentuer leur implication individuelle, sans autre motivation que l’intérêt supérieur du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Parce qu’il y a de multiples combats à livrer et des grands projets à réaliser. Mais aussi, et surtout, parce que le nom qu’ils ont choisi est puissant. Je crois en ma région ne peut être réduit strictement à GNL Québec ou aux projets industriels. Car croire en sa région, c’est également souhaiter son épanouissement culturel, sportif, touristique et institutionnel, tel que le suggérait une citoyenne lundi soir.

Je crois en ma région devra se réinventer, faire le plein de passionnés qui, grâce à leur implication, entraîneront d’autres passionnés dans leur sillon. Bref, le phénomène de la boule de neige.

Parce qu’au-delà du débat sur l’environnement, qui prend toute la place en ce moment, personne ici, dans le Royaume, ne souhaite voir les grands centres urbains décider de nos aspirations et de notre destin. Personne ici ne rêve d’une région désertée par ses jeunes ou isolée du reste du monde.

Il faut juste trouver un fil conducteur qui, au lieu de diviser, rassemblera une majorité de gens autour d’une grande cause : celle de croire en notre région.