Un message au reste du pays

ÉDITORIAL / L’heure est venue de choisir qui succèdera à Denis Lemieux pour occuper les fonctions de député fédéral de Chicoutimi-Le Fjord, pour un bref mandat qui se terminera le 21 octobre 2019. Certes, il s’agit d’une élection partielle et la saison estivale qui s’amorce n’est aucunement propice à un tel scrutin. Par contre, l’enjeu est tout aussi crucial pour la circonscription que si les élections avaient lieu à n’importe quelle autre période de l’année. Qui plus est, aujourd’hui, la population de Chicoutimi-Le Fjord a l’occasion de se faire entendre d’un océan à l’autre. Il est donc souhaitable que vous soyez nombreux à vous prévaloir de cet instrument fondamental qu’est le droit de vote.

Le message que lanceront ce soir les citoyens de Chicoutimi-Le Fjord dépasse largement les frontières de la circonscription, de la région, voire du Québec. Les analystes des réseaux nationaux ne s’attarderont ni à la campagne terrain des candidats, ni à la popularité de ceux-ci. À peine souligneront-ils le nom du gagnant. Ils interpréteront le résultat selon un seul angle : le gouvernement Trudeau a-t-il encore la cote ? Car ne l’oublions pas, Chicoutimi-Le Fjord est présentement détenue par les libéraux et à la Chambre des Communes, un siège défendu est tout aussi lourd de sens qu’un siège perdu aux mains de l’adversaire. Bref, cette partielle fera écho dans tout le pays. 

Si le sondage de la semaine dernière se matérialise et que le candidat conservateur Richard Martel l’emporte, ce sera non seulement une victoire pour l’ancien entraîneur des Sags, mais aussi un gain précieux pour les troupes d’Andrew Scheer. Le chef conservateur ne saurait trouver meilleur argument pour affirmer que le gouvernement de Justin Trudeau est en perte de vitesse. Soyez assurés qu’advenant un couronnement de Richard Martel, vous entendrez le terme « statement » à plus d’une reprise, un mot qu’on pourrait traduire, dans ce contexte, tel le désaveu d’un peuple à l’égard du parti au pouvoir. 

D’un point de vue plus microscopique, l’élection éventuelle de Martel pourrait être interprétée avec beaucoup plus de nuances. Mais à l’échelle du pays, nul ne tiendra compte de la campagne ou de la popularité du candidat. Ce sera un gain pour les conservateurs dans une circonscription qui appartenait aux libéraux, point à la ligne. 

Tout ça pour en revenir à l’importance de bien réfléchir à ce dont la collectivité a besoin, puis d’aller l’exprimer en se présentant aux urnes. 

Cette campagne n’a pas été la plus palpitante de l’histoire. En fait, ce fut l’une des plus amorphes qu’on ait vues depuis longtemps. Les candidats ont à peine effleuré les principaux enjeux de juridiction fédérale : l’avenir de la Base militaire de Bagotville et d’un éventuel escadron de drones, l’éternel conflit du bois d’œuvre, le sort du Centre des technologies de l’aluminium (CTA-CNRC), l’ajout d’infrastructures pour promouvoir les saines habitudes, la réforme du mode de scrutin électoral, la protection de la faune, particulièrement celle des baleines et du caribou forestier… Comment les en blâmer ? Les gens ont la tête ailleurs, entre deux élections générales. Et comme nul n’a rien à gagner en prêchant dans le désert, c’est par les visites d’entreprises, les bains de foule, les photos et les poignées de mains que s’est articulée cette campagne. Pour les grands engagements ou autres projets de société, du genre qui nous jettent en bas de notre chaise, on repassera. 

En octobre dernier, la circonscription voisine de Lac-Saint-Jean était, elle aussi, appelée à élire un député fédéral en remplacement du conservateur Denis Lebel, qui ne supportait pas le fait d’être dans l’opposition. À peine 41,6 % des personnes aptes à voter se sont acquittés de leur devoir de citoyen.

C’est pourtant le taux de participation qui détermine la force du message. S’il est bas, c’est que les gens ne se préoccupent guère de l’issue du scrutin ; s’il est haut, c’est qu’ils ressentent le besoin de s’exprimer. Demain, nous en saurons davantage sur l’état d’esprit des électeurs de Chicoutimi-Le Fjord. Et en prime, nous saurons enfin qui nous représentera à Ottawa.