Un manque de compassion

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a manqué de tact, de jugement et de compassion dans la réaction qu'il a livrée, en pleine séance du conseil muncipal, mercredi, à la suite du malencontreux accident subi par le député de Jonquière et ex-ministre des Transports, Sylvain Gaudreault.
Les relations entre les deux politiciens sont tendues et ce depuis longtemps. Avant même que M. Gaudreault ne soit élu à l'Assemblée nationale, du reste. C'est un fait connu. Il n'empêche que la décence aurait voulu que le maire de Saguenay souhaite un prompt rétablissement au député qui représente une bonne partie du territoire de sa ville. Jean Tremblay a assez d'expérience pour savoir que parfois, en politique, quand on crache en l'air... Même si Sylvain Gaudreault se retrouve aujourd'hui dans l'opposition, il demeure un député très en vue sur la scène politique québécoise. Surtout, surtout, il demeure un interlocuteur important dans le cadre de plusieurs dossiers importants pour l'arrondissement de Jonquière...
En fait, si le maire Tremblay était à ce point incapable d'avoir, même du bout des lèvres et par pure politesse, une petite pensée pour le député, il aurait été préférable qu'il ne dise rien. Jean Tremblay est réputé pour ne pas avoir la langue de bois. Son franc parler et ses déclarations fracassantes ont fait sa marque de commerce politique pendant plusieurs années. Mais, les citoyens de Saguenay sont de plus en plus clairement en train de se lasser de cette attitude tapageuse. Le silence aurait donc été d'or, cette fois...
Sur le fond du dossier, l'accident subi par Sylvain Gaudreault constitue une nouvelle preuve du piètre état de certaines infrastructures de Saguenay. Comme l'a souligné le maire Tremblay, cette situation n'est pas unique à la capitale régionale. Mais, ce constat, aussi juste soit-il, n'enlève rien au fait qu'il est temps pour les élus saguenéens de s'attaquer de front à ce problème.
Récemment, le maire Tremblay, puis son président du Conseil du trésor, Jean-Yves Provencher, ont successivement confirmé dans nos pages leur volonté d'investir massivement, au cours des prochaines années, dans la réfection des grandes artères et des infrastructures routières, de même que dans les autres équipements de voirie et de services publics tels les réseaux d'aqueduc et d'égouts.
Il est impératif que les actions suivent les gestes. D'autant plus que les premiers ministres du Québec et du Canada viennent justement d'annoncer en grande pompe, sur les rives mêmes du lac Saint-Jean, à Roberval, la reconduction du programme de partage de la taxe sur l'essence, un pactole de 7,5G$ disponible sur dix ans justement afin de soutenir la réalisation de projets d'infrastructures en tous genres. Le contexte est donc favorable pour Saguenay.
Dans sa sortie contre l'ancien ministre des Transports, le maire Tremblay a rappelé que la requête qu'il avait logée auprès du député pour qu'un fonds spécial de 25 M$ soit instauré à parts égales avec la capitale régionale afin de défrayer les coûts de réfection des quelque 200 kilomètres de rangs et de routes rurales actuellement à la charge de Saguenay avait été maintes fois refusée. C'est un fait. D'ailleurs, rien n'empêche le maire de revenir à la charge auprès du député de Dubuc et adjoint parlementaire du premier ministre, Serge Simard, afin qu'un tel partenariat soit mis en place. Il apparaît toutefois improbable que Québec donne suite à cette requête sous peine de créer un précédent qui serait difficile à gérer compte tenu de l'état actuel des finances publiques.
De plus, le fait que Sylvain Gaudreault n'ait pas donné suite à la demande de Saguenay concernant le financement de la réfection des routes rurales ne peut occulter le fait que ce problème est apparent sur le territoire de la ville depuis plusieurs années, et certainement depuis que Jean Tremblay est maire de la nouvelle grande ville. Qu'aurait bien pu affirmer le maire si un tel accident s'était produit sur le rang Saint-Joseph, dont l'état soulève des critiques depuis son premier mandat comme maire de Chicoutimi, en 1997?
On ne peut nier que ce dernier a instauré plusieurs grands chantiers et plusieurs grands projets qui ont contribué à façonner l'image de la nouvelle ville depuis 2002. La capitale régionale s'est dotée d'un port, d'un aéroport et de centres-villes modernisés. Maintenant, les priorités ont changé. Les élus de Saguenay doivent tourner leur attention et leur énergie sur les infrastructures. Il faut combler le retard des dernières années.