L'ex-maire de Saguenay, Jean Tremblay, a fait sa première sortie publique jeudi pour défendre son bilan.

Un évangéliste en croisade

ÉDITORIAL / À la fin de sa carrière, Jean Tremblay ne dirigeait plus le destin de Saguenay. Il n’était plus qu’une figure de proue, installée sous le beaupré d’un navire dont le véritable capitaine, Ghislain Harvey, jouissait d’une indépendance et d’une impunité absolues. « Il en menait large », pour reprendre ses termes. Et même dans la tempête actuelle, la foi de l’ancien maire à l’égard de son plus proche acolyte demeure inébranlable.

La profession de foi de Jean Tremblay à l’endroit de Ghislain Harvey, jeudi, alors qu’il s’adressait aux médias pour la première fois depuis l’élection de la mairesse Josée Néron, suscite un profond malaise. Il aurait été normal qu’il lui réitère sa confiance, qu’il mette en valeur ses compétences, mais qu’il le proclame le plus grand bâtisseur que la ville ait connu depuis Julien-Édouard-Alfred Dubuc, il y a une limite qu’on ne saurait franchir. 

Selon l’ex-maire, Ghislain Harvey est l’architecte économique de la Ville. « Une machine terrible », « à qui on doit l’aéroport, les croisières, les centres-villes, Diffusion Saguenay, le Théâtre Banque Nationale, Nordia, Ubisoft, il est avec Ariane Phosphate, GNL ». 

Jeudi, c’est un évangéliste en croisade qui s’exprimait, et non un chef venu défendre son bilan, ses décisions et les membres de son organisation. En qualifiant Ghislain Harvey de « personne exceptionnelle » et Priscilla Nemey de « perle de la Ville », il a confirmé que ces derniers bénéficiaient d’un pouvoir d’influence immense au sein de son cercle décisionnel. 

Comment Josée Néron aurait-elle pu travailler avec des personnes non élues, ainsi béatifiées par son prédécesseur, dans des fonctions aussi importantes sur le plan stratégique ? Impossible. Jamais elle ne leur aurait accordé autant de pouvoir, et encore moins une telle confiance. 

Une clause inutile

Contrairement au préfet Gérald Savard, qui était vice-président de Promotion Saguenay à l’époque, Jean Tremblay dit avoir lu le dernier contrat de Ghislain Harvey avant d’y apposer sa signature. Il affirme également que l’avocat Pierre Mazurette a expliqué le document aux administrateurs, suffisamment pour qu’ils soient en mesure de comprendre son contenu. 

Invité à commenter le retrait d’une clause prévoyant le congédiement de M. Harvey s’il était reconnu coupable de vol ou de malversation, ou d’une autre clause selon laquelle il pourrait être remercié si les deux tiers du conseil en décidaient ainsi, l’ancien maire a simplement indiqué que ces paragraphes étaient inutiles. Or, sont-ils plus utiles maintenant qu’on les a abrogés ? 

Quant aux lettres patentes approuvées en pleine campagne électorale, protégeant Promotion Saguenay d’une éventuelle dissolution, Jean Tremblay n’en conserve qu’un souvenir partiel.

Prophète de malheur

Jean Tremblay n’a pas fait que louanger ses collaborateurs, il a aussi joué les prophètes en prédisant la montée de la fonction publique à l’hôtel de ville ainsi qu’une hausse des taxes municipales dans le prochain budget. Le maire n’a jamais été un fervent admirateur des fonctionnaires. Il y a à peine quelques mois, lors de son passage devant le Cercle de presse du Saguenay, il lançait une autre fronde aux employés de Saguenay : « Un fonctionnaire qui ne fait rien en dérange toujours deux autres. »

Ce mépris de la fonction publique a été largement compensé par une loyauté sans borne envers ses collaborateurs. Les enquêtes qui sont en cours nous diront si l’ex-maire a été sage d’allouer autant de pouvoir à Ghislain Harvey ou s’il s’est royalement trompé. 

Car il arrive parfois que l’amour rende aveugle.